Ali Benflis ou le rêve d’un renouveau en Algérie

Pour Badis Khenissa, observateur de la vie politique algérienne, l’élection présidentielle d’avril prochain doit déboucher sur l’alternance.

L’Algérie est un pays qui se meurt dans l’indifférence absolue. Une nation projetée vers un avenir brumeux et incertain, aux risques multiples et incalculables. Un pays riche habité par un peuple pauvre, à la colère sourde, longtemps laissé pour compte et qui n’espère plus ou très peu. Pis encore, il est éloigné de la scène politique et de ses protagonistes, relégué au rang de simple spectateur désabusé, impuissant et résigné. Ce qui le pousse parfois à l’exode, vers des contrées lointaines, non sans risque à l’image des tragédies humaines quasi quotidiennes, dans cette mer Méditerranée devenue le cimetière des âmes vagabondes. Pendant que les gouvernants, à la désinvolture politique préoccupante, détournent le regard et mènent le pays vers une crise multidimensionnelle.

En raison de l’imminence de l’élection présidentielle, il convient de rappeler qu’une précarité politique se fait ressentir, en Algérie, qui logiquement plombe le débat d’idées, de programmes, de projets, sensé impulser l’alternance et encourager le renouveau. Le régime algérien, absolutiste et césariste, cherche à entretenir un immobilisme bréjnevien, au détriment de la volonté légitime d’un peuple à s’affranchir du diktat de la régression sociale et culturelle, du déclin politique et économique programmé, dont fait l’objet cette terre à la lourde histoire révolutionnaire, abreuvée par le sang de la liberté.

Présidium à la Soviet

Une lueur d’espoir néanmoins subsiste. Celle d’un homme qu’un grand nombre de citoyens qualifie de candidat de la dernière chance ; Ali Benflis, héritier d’un passé familial révolutionnaire et d’une grande carrière politique, à l’image de sa notoriété publique incontestable et de son socle populaire, bâti au fil de ses fonctions et responsabilités. Un homme de loi, élu bâtonnier à deux reprises, qui croit intimement qu’un Etat de droit demeure la clé de voûte d’une démocratie effective – c’est pourquoi il fonda la première ligue indépendante des droits de l’Homme, en Algérie en 1988. Son travail de fond l’aura d’ailleurs amené à occuper le poste de ministre de la Justice, en 1988, avant de devenir député, puis secrétaire général du Parti du Front de Libération Nationale (FLN), entre 2001 et 2004, secrétaire général et directeur de cabinet de la présidence, avant d’être nommé chef du gouvernement (2000-2003). Des fonctions qui lui ont permis de bonifier sa personnalité, son charisme et sa perception de l’Etat.

Aujourd’hui, il souhaite réconcilier le peuple avec la politique, en lui restituant ses lettres de noblesse. Car trop souvent cette dernière a montré son mauvais visage. Ali Benflis en sait quelque chose, puisqu’il a été victime de la fraude électorale à deux reprises, aux présidentielles de 2004 et de 2014. Un échec planifié et orchestré par des mécanismes bien rodés, entre irrégularités et argent à la provenance douteuse, ainsi que de nombreux relais médiatiques inféodés aux donneurs d’ordres. Une occasion ratée, en d’autres termes, d’assister à l’émergence de la voix du peuple et le retour à sa souveraineté. Une « faillite de l’administration dans l’organisation du scrutin », comme il le déclarera après coup.

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Assistant impuissant à une désagrégation chronique du pays et de ses institutions, il n’a cessé de croire dans le peuple et, surtout, son désir profond de changement. Raison pour laquelle il crée en 2014 un parti politique, Talaie El Hourriyet (« Avant-garde des libertés »), progressiste et inclusif, doté d’un modèle de gérance collégiale et démocratique. Une singularité à mettre en exergue vu le style local des prises de décisions, souvent à huis clos, dans un esprit de présidium à la Soviet. Le parti politique d’opposition d’Ali Benflis puise sa force et son élan dans sa base militante et son socle populaire, puisqu’il a été bâti par une classe citoyenne hétéroclite. Il a su en un temps record s’immiscer dans la cour des grands et devenir un acteur majeur des partis de l’opposition algérienne. Une opposition timorée, divisée, en quête de maturité et qui évolue dans un écosystème politique défavorable et inadapté au principe du contre-pouvoir.

Opportunité historique d’alternance

En 3 ans d’existence, ce prétendant sérieux au poste suprême a su faire de cette structure politique un véritable vivier d’hommes et de femmes engagés et soucieux de construire une Algérie nouvelle. Un véritable laboratoire d’idées mis au profit de l’intérêt collectif, à travers un programme complet, doté d’une vision stratégique et d’un projet commun, pour accompagner et assurer une transition graduelle dans tous les domaines. Ali Benflis cherche ainsi à désenclaver l’Algérie pour en faire un acteur multisectoriel, afin qu’elle puisse peser de tout son poids dans l’évolution du monde qui l’entoure. Et cela à travers un plan de sortie de crise en 5 axes :

  1. le retour à la souveraineté du peuple à travers des élections libres, organisées par une instance réellement indépendante et effectivement souveraine.
  2. La formation d’un gouvernement d’union nationale constitué des principales forces politiques aui auront émergé de ces élections.
  3. L’élaboration d’un « pacte de gouvernabilité ».
  4. L’élaboration d’une nouvelle constitution de la République qui sera soumise au suffrage populaire.
  5. L’édification de véritables institutions basées sur le principe de la sépartion des pouvoirs.

Un plan de sortie de crise, accompagné et garanti par l’Armée nationale populaire, véritable colonne vertébrale de la stabilité d’un pays en proie à des turbulences régionales et des défis géostratégiques. Un plan à la fois sage et ambitieux, dans lequel la jeunesse aura une responsabilité prépondérante, à la hauteur de sa rigueur, de sa détermination et de sa volonté à changer les choses et marquer une rupture avec l’ancien modèle. Ceci afin de se conformer au nouveau monde et ses multiples challenges. Car l’Algérie est à la croisée des chemins. Et elle doit ouvrir la voie à l’instauration graduelle d’un système démocratique et d’un Etat de droit. Assisterons-nous dès lors à une opportunité historique d’alternance par les urnes ? Subirons-nous au contraire une funeste reconduction du régime politique en place ? La seconde option signifierait la sauvegarde des intérêts claniques et personnels du régime en place, au détriment de ceux de la nation. La stagnation politique semble irresponsable à tous égards.

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