Conflit au Yémen : l’ONU négocie avec les parties un cessez-le-feu

« C’est le moment de prendre des décisions difficiles », a déclaré l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, jeudi 16 avril.

Ne jamais avouer qu’une situation, quand bien même serait-elle catastrophique, est perdue. Les Nations unies (ONU) ont beau avoir décrété depuis longtemps que le Yémen était « la pire crise humanitaire du monde », certains, au sein de l’instance internationale, veulent encore croire qu’une sortie de crise est possible. Et militent corps et âme pour la faire advenir.

Voilà ce que Martin Griffiths, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, a plaidé lors d’une visioconférence avec les membres du Conseil de sécurité, jeudi 16 avril. Selon lui, alors que le coronavirus a commencé à toucher la population yéménite, « la menace du Covid-19 a galvanisé les efforts des Yéménites et de la communauté internationale pour arriver à la paix », a-t-il affirmé, après avoir rappelé que le 25 mars dernier, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait lancé un appel pour que cessent immédiatement les hostilités au Yémen.

L’Arabie saoudite, à la tête d’une coalition de pays arabes qui intervient dans le pays du sud de la péninsule arabique depuis mars 2015, afin de lutter contre les rebelles Houthis hostiles au gouvernement yéménite, avait décrété de manière unilatérale un cessez-le-feu, le 8 avril dernier, pour une période initiale de deux semaines. Qui n’a, de l’aveu même de Martin Griffiths, que moyennement été respecté.

Un pays à bout de force

Ce dernier, pour donner suite à l’appel de M. Guterres, a présenté deux propositions aux parties belligérantes. Une première sur un accord de cessez-le-feu à l’échelle nationale ; une seconde sur des mesures humanitaires et économiques pour venir en aide aux quelque 24 millions de personnes (soit 80 % de la population) qui dépendent de l’aide humanitaire.

« Au cours des deux dernières semaines, nous avons été en constante négociation avec les parties sur les textes de ces accords. Nous attendons d’elles qu’elles se mettent d’accord sur ces accords et qu’elles les adoptent officiellement dans un avenir très proche », a déclaré Martin Griffiths, pour qui « c’est le moment de prendre des décisions difficiles ».

De son côté, le chef de l’humanitaire de l’ONU, Mark Lowcock, a souligné devant le Conseil de sécurité que le Covid-19 présentait une occasion unique de relancer le processus politique et de progresser vers la paix au Yémen. A défaut de la cessation des hostilités, selon lui, la pandémie pourrait avoir de graves répercussions dans le pays. Où « plus de cinq ans de guerre ont gravement dégradé l’infrastructure sanitaire, épuisé le système immunitaire des populations et accru les vulnérabilités aiguës », a-t-il fait savoir.

« En conséquence, les épidémiologistes avertissent que le Covid-19 au Yémen pourrait se propager plus rapidement, plus largement et avec des conséquences plus meurtrières que dans de nombreux autres pays », a également rappelé M. Lowcock.

 

Crédits photo : Une réunion à distance du Conseil de sécurité des Nations unies facilitée par le personnel onusien dans les studios du siège. ONU/Eskinder Debebe

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