Les naissances au Yémen, ces malheureux événements

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17.06.2019

« Le conflit brutal du Yémen continue de priver les enfants de leur droit à la vie » alerte l’UNICEF dans un récent rapport.

Naître aujourd’hui au Yémen, c’est recevoir en « cadeau de bienvenue » le risque, voire la forte probabilité de n’être. Car dans ce pays ravagé par plus de 4 ans de guerre, moins d’un tiers des bébés naissent dans des établissements de santé décents. Si bien que toutes les deux heures, une mère et six nouveaux-nés meurent à cause de complications lors de la grossesse ou de la naissance.

« Soutenir les mères »

Comme le souligne le Fonds des Nations unies (ONU) pour l’enfance (UNICEF), qui publie un rapport (1) sur la question : « Aujourd’hui, le conflit brutal du Yémen continue de priver les enfants de leur droit à la vie et, pour les survivants, aux meilleurs soins possibles. Cela inclut les soins prénatals et postnatals pour leurs mères », pourtant prévus par la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) adoptée en 1989. Dont l’article 24, pour rappel, dispose dans son alinéa premier :

« Les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de bénéficier des services médicaux et de rééducation. Ils s’efforcent de garantir qu’aucun enfant ne soit privé du droit d’avoir accès à ces services. » (Article 24, alinéa 1 de la Convention internationale des droits de l’enfant)

Actuellement, seuls les Etats-Unis n’ont pas ratifié cette Convention. Même la Palestine – pourtant pas reconnue en tant qu’Etat – et le Soudan du Sud – « dernier-né » des pays – l’ont fait en 2014 et 2015. Ce qui signifie que l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Yémen reconnaissent tous les droits fondamentaux contenus dans ce texte. Ceux relatifs à la santé et au bien-être de l’enfant, évidemment, mais également à son éducation ou à son « alimentation suffisante et équilibrée ».

Or, depuis mars 2015, la coalition emmenée par Riyad et Abou Dhabi, qui prête main-forte au gouvernement yéménite dans sa guerre anti-Houthis – des rebelles chiites soutenus par l’Iran -, n’hésite pas à pilonner les hôpitaux. Si bien que l’an dernier, déjà, l’International Rescue Committee (IRC) déplorait que la moitié des établissements de santé, au Yémen, ne fonctionnent plus. « Les services publics essentiels, y compris les soins de santé vitaux pour soutenir les mères lors de l’accouchement, sont sur le point de s’effondrer complètement », abonde aujourd’hui l’UNICEF dans son rapport.

« Au cœur de nos priorités »

Même lorsque les hôpitaux restent fonctionnels, ils « font face à de graves pénuries de médicaments, d’équipements et de personnels », ajoute l’agence onusienne. Dont le directeur pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Geert Cappelaere, n’hésitait pas à déclarer, en novembre dernier, que « le Yémen est aujourd’hui un enfer sur terre, non pas pour 50 à 60 % des enfants, [mais] pour chaque garçon et fille. » Car quand bien même les très jeunes enfants parviendraient à grandir – cette phrase n’est-elle pas abominable au 21ème siècle ? -, le Yémen est un tel désastre humanitaire que se nourrir, aller à l’école ou vivre, tout simplement, est devenu plus que délicat.

Le 9 juillet 2018, François Delattre, le représentant de la France à l’ONU, empilait les bons mots lors d’un « Débat ouvert sur les enfants dans les conflits armés ». Devant le Conseil de sécurité, il professait ainsi : « La protection des enfants et de leurs droits représente une obligation morale universelle […]. L’intérêt supérieur de l’enfant doit donc, partout, prévaloir [et] leurs droits doivent être respectés ». Difficile de faire montre de plus de clarté. Dans la parole seulement. Quelques semaines plus tard, on s’en souvient, un raid aérien mené par Riyad tuait 40 enfants dans le nord du pays.

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N’allons pas croire cependant que les Saoudiens – ou les Emiratis – sont les seuls à blâmer. La France, qui continue de leur livrer des armes – dont on sait, aujourd’hui, qu’elles se retrouvent sur le champ de bataille yéménite -, n’est-elle pas également coupable ? La question est rhétorique. Coupable, elle l’est. Ne serait-ce que parce qu’elle refuse de remettre en cause sa posture cynisme et son manque de courage. Lors de la même session de juillet 2018, François Delattre ajoutait pourtant : « Vous connaissez l’engagement constant et historique de la France pour la protection des enfants dans les conflits armés. Cet engagement est plus que jamais au cœur de nos priorités »

Il s’agit peut-être d’un « oubli » de la part de Paris. Mais, pour l’instant, le sort des jeunes Yéménites ne fait qu’effleurer sa conscience. Celle des Français, en revanche, commence à s’éveiller ; de plus en plus de manifestations ont lieu qui dénoncent le « commerce de mort » tricolore. Et c’est une bonne chose. Si l’on devait formuler un vœu (pieux ?), à présent, il serait le suivant : que la communauté internationale soit subitement frappée d’empathie et daigne poser les yeux sur le conflit yéménite. Ceci à quelques mois du 30ème anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant. Combien d’entre eux, au Yémen, n’atteindront pas cet âge ?

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