« La stabilité du Liban est cruciale pour le Proche-Orient et l’Europe »

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17.07.2021

La succession des crises, au « pays du Cèdre », fait réagir la communauté internationale, qui partage son inquiétude.

La tension s’est intensifiée au Liban, dans la journée de vendredi, avec des émeutes qui ont fait plus de deux douzaines de blessés à Tripoli, au nord du pays, dont cinq soldats attaqués à la grenade. La France, l’Union européenne et les États-Unis ont entre-temps appelé les responsables politiques libanais à former d’urgence un cabinet, et ont prévu une conférence internationale pour aider à stabiliser le Liban après une série de crises.

« Toutes les parties concernées doivent travailler de toute urgence pour mettre en place un gouvernement capable de mettre en œuvre des réformes immédiatement », a tweeté le secrétaire d’État américain, Antony Blinken.

Ces annonces interviennent à un moment de grande incertitude pour le Liban, après que le Premier ministre désigné, Saad Hariri, a démissionné jeudi en raison de désaccords avec le président, Michel Aoun, sur la constitution du cabinet. M. Hariri n’a soutenu personne d’autre pour occuper le poste. Et des centaines de ses partisans ont manifesté dans les rues, bloqué les routes principales et lancé des pierres.

Le chef de l’État libanais devait appeler à des consultations avec les chefs des blocs parlementaires ; la personne qui obtiendra le plus de soutien sera chargée de travailler à la formation d’un nouveau cabinet. L’administration Biden, en réaction, s’est dite déçue que les dirigeants politiques libanais aient gâché les neuf mois écoulés, depuis que M. Hariri a été nommé Premier ministre désigné.

À Beyrouth, les manifestants ont brièvement fermé plusieurs routes principales vendredi, ce qui a entraîné une intervention rapide des troupes pour les dégager. Les manifestants ont également fermé la principale autoroute reliant Beyrouth au sud du Liban.

Dans la ville de Tripoli, au nord du pays, la deuxième plus grande et la plus pauvre du Liban, les habitants, en colère contre la hausse des prix, les coupures d’électricité qui durent presque toute la journée et les graves pénuries de diesel et de médicaments, se sont révoltés dans les rues et ont attaqué les troupes libanaises.

La Croix-Rouge libanaise a déclaré que ses ambulanciers ont emmené 19 blessés à l’hôpital. L’armée libanaise a déclaré que 10 soldats ont été blessés par des pierres lancées par des manifestants, tandis que cinq autres ont été blessés par une grenade à main. Il n’a pas été possible de déterminer immédiatement qui a lancé la grenade.

Patricia Khoder est responsable de la communication de l’ONG Care au Liban. Sur place, en ce moment, elle témoigne :

« Nous n’avons qu’une heure d’électricité par jour, et 6 heures de coupures de générateur, du coup je n’ai rien dans mon frigo, car je ne peux pas stocker de nourriture. […] Nous manquons de médicaments, nous n’avons même pas de paracétamol dans les pharmacies, les étagères sont complètement vides ».

Selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur l’économie libanaise publié en juin dernier, la situation au Liban pourrait se classer parmi les trois plus graves épisodes de crise au niveau mondial depuis le milieu du 19ème siècle. « Tout est devenu si difficile pour nous, tout le temps. Même si vous avez de l’argent, il y a beaucoup de produits que vous ne pouvez pas trouver », fait également savoir Patricia Khoder.

Le chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, a déclaré que les dirigeants libanais étaient responsables de la résolution de « la crise intérieure actuelle, qu’ils ont eux-mêmes créée », ajoutant qu’il était urgent de former rapidement un nouveau cabinet. Selon lui, un accord avec le Fonds monétaire international reste essentiel pour sauver le Liban de l’effondrement financier. Notamment parce que « la stabilité et la prospérité du Liban sont cruciales pour toute la région et pour l’Europe ».

La France, ancienne puissance coloniale du Liban, a également exhorté les dirigeants politiques libanais à former rapidement un gouvernement, chargé de mettre en œuvre des réformes indispensables et de lutter contre la corruption qui a conduit le Liban au bord de la faillite. Paris, de concert avec les Nations unies, a d’ailleurs convoqué une conférence internationale pour le 4 août.

La date n’a pas été arrêtée au hasard. Elle marquera le premier anniversaire de l’explosion du port de Beyrouth, en 2020, qui a fait plus de 200 morts et quelque 6 000 blessés, ainsi que des quartiers entiers de la capitale ravagés. Beaucoup fulminent, depuis, et accusent les gouvernements libanais successifs, coupables d’avoir stocké des centaines de tonnes de nitrate d’ammonium (un engrais explosif) dans l’enceinte du port.

 

Crédits photo : Un soldat libanais tire en l’air pour séparer les manifestants, lors d’un affrontement avec les partisans du Premier ministre désigné du Liban, Saad Hariri, qui a démissionné jeudi (AP Photo/Hussein Malla).

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