Arabie saoudite : femmes et cigarettes ne font pas bon ménage

Si les Saoudiennes peuvent légalement fumer, le regard de la société à leur égard reste toujours intolérable.

Tabac, cigarettes électroniques, chichas… En Arabie Saoudite, leur consommation n’est pas interdite aux femmes. Mais fumer ou vapoter dans l’espace public lorsqu’on fait partie du sexe faible n’est pas toléré par l’entourage et la société, relaie Ouest France. En atteste une jeune femme nommée Rima, interviewée dans un café de Riyad.

« Fumer en public, c’est une liberté récemment acquise. Je me sens libre et heureuse de pouvoir le faire. » Pour autant, ce geste anodin pour les Occidentaux demeure encore tabou dans le royaume. Au grand dam de l’intéressée, obligée de “s’exécuter” en cachette.

« Je ne dirai pas à ma famille que c’est mon droit car ils ne comprendront pas que fumer est un droit pour les femmes comme pour les hommes », insiste ainsi Rima. Une nouvelle preuve donc que la politique d’ouverture du prince Salman à destination des Saoudiennes, amorcée ces dernières années, se poursuit non sans heurt.

Des femmes moins pieds et mains liés

Pourtant, ce dernier ne ménage pas ses efforts dans ce dossier crucial pour la réputation gouvernementale à l’international. Et cela, en annonçant par exemple fin décembre que les restaurants du pays ne seront plus dans l’obligation d’avoir des entrées séparées selon le sexe. Et pour cause, l’Etat pétrolier exigeait jusqu’à présent que tous les restaurants et cafés aient une entrée pour les familles et les femmes seules, et une autre réservée aux hommes. À l’intérieur, les femmes étant généralement isolées des hommes par des palissades, souligne Slate.

Mais ce n’est pas tout, les femmes peuvent également se présenter aux élections municipales depuis décembre 2015. Un dispositif qui comporte toutefois un “hic” de taille puisqu’elles doivent toujours être représentées par un homme lors des différents conseils.

En décembre 2017, cette fois, le prince a franchi un autre cap en autorisant les Saoudiennes à prendre le volant à partir de juin 2018. Mieux, les femmes peuvent à présent postuler pour des postes de pilotes, co-pilotes et d’hôtesses de l’air. Ou encore s’inscrire dans la vie culturelle locale en faisant du théâtre ou en allant au stade.

Une décision suivie de faits concrets ?

Plus éloquent encore, les femmes de plus de 21 ans ont désormais la possibilité de quitter le territoire sans l’accord d’un tuteur masculin (mari, père, frère…) depuis juin dernier. A cette fin, ces dernières bénéficient de leur propre passeport. Un virage tout à fait notable, donc, dans une société qui se veut de moins en moins archaïque sur la question des droits du “sexe faible”.

Quoi qu’il en soit, la possibilité pour l’une d’entre elles de quitter le territoire n’en reste pas moins compliquée tant la problématique patriarcale reste encombrante au sein des mœurs locaux. A ce titre, l’application “Absher”, littéralement “le prédicateur”, permet en effet au mari, père ou frère(s) d’une Saoudienne de lui “interdire” de franchir les limites étatiques. Et cela, via un système de notifications envoyées par le ministère de l’Intérieur lorsqu’une “tentative d’évasion” est constatée par les autorités à l’aéroport et aux postes-frontières.

Des fuites notables

Concrètement, cette innovation revient à fixer au pied des malheureuses un véritable bracelet électronique. Pour autant, quelques-unes arrivent malgré tout à contourner cette surveillance malicieuse. Comment ? En changeant par exemple le numéro de téléphone d’alerte sur le téléphone de leur conjoint ou en activant l’autorisation de voyager.

Parallèlement, une autre solution de fuite existe puisque Absher ne fonctionne pas dans les autres pays. Les périodes de vacances à l’étranger sont donc une aubaine pour les “fugueuses” de recommencer leur vie ailleurs.

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