Entre la Jordanie et Israël, le gazoduc de la discorde

La réalisation prochaine d’un méga-projet de gazoduc entre Amman et Tel-Aviv irrite fortement la population jordanienne.

Le Royaume hachémite s’est-il tiré une balle dans le pied en septembre 2016 « lorsque la société d’électricité publique de Jordanie a signé un contrat avec l’entreprise américaine, Noble Energy, pour la livraison de 45 milliards de mètres cubes de gaz naturel exploité au large des côtes israéliennes. Et cela, sur une période de quinze ans » ?

C’est ce que sous-entend La Croix qui se fait l’écho d’une fronde gagnant doucement mais sûrement la population jordanienne, particulièrement hostile à l’Etat hébreu et aux Etats-Unis. Pire, nombreux sont ceux qui évoquent une véritable provocation de la part de Tel-Aviv, accusée une nouvelle fois de voler les terres arabes, qui plus est avec la complicité de leur propre gouvernement.

Mohammed Salim Al Quraan est l’un d’eux. Cet homme de 67 ans fait en effet partie des malheureux expropriés par Amman, puisque 20 % de son domaine familial, situé au Nord, se trouve sur le tracé du pipeline. « Le gazoduc va passer là. Malheureusement, nous ne pouvons pas refuser ce projet ni l’empêcher. Vraiment, je me sens triste », soupire-t-il. Avant d’indiquer qu’il ne peut exiger qu’une simple compensation financière au tribunal car « l’Etat dispose d’un droit de propriété plein et entier (sur ses terres) ».

Une fronde totalement maîtrisée par l’Etat

Sans surprise, une riposte populaire essentiellement menée par les organisations professionnelles tente de se mettre en place. Mais en vain, puisque les autorités font ce qu’il faut pour éviter toute prolifération à l’échelle nationale, poursuit le média. « Fin avril, le syndicat des ingénieurs n’a rassemblé qu’une trentaine de militants sur une colline isolée, balayée par les vents, où le gazoduc doit être construit. Le groupe n’a en effet pas pu gagner Irbid, la grande ville voisine, pour y manifester. »

La raison ? « Les services de renseignements ont [tout simplement appelé] les propriétaires des bus que nous empruntions pour les menacer », fustige Hisham Bustani, le coordinateur de la campagne. Ce dernier, totalement ulcéré, confirme d’ailleurs dans la foulée avoir essayé de contacter les comités parlementaires de l’énergie et des finances, afin de trouver une solution à cet épineux dossier. Mais ses demandes sont logiquement restées lettres mortes…

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