« Les Libanais savent que la solution n’est pas entre les mains de la classe dirigeante »

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18.05.2022

Les législatives de dimanche dernier ont vu une percée des groupes opposés au Hezbollah et aux autres grands partis.

Le Hezbollah, groupe militant chiite libanais, et ses alliés ont perdu leur majorité parlementaire, selon les résultats définitifs des élections présentés mardi, tandis que plus d’une douzaine de nouveaux venus indépendants ont obtenu des sièges. Ces résultats marquent un changement dans un pays dévasté par un effondrement financier et une pauvreté galopante.

Les résultats officiels des élections de dimanche dernier n’ont montré aucune majorité claire pour un groupe quelconque. Cela indique un parlement fragmenté et polarisé, divisé entre les parlementaires pro et anti-Hezbollah, qui auront probablement du mal à travailler ensemble pour former un nouveau gouvernement et mettre en œuvre les réformes pourtant nécessaires.

La coalition dirigée par le Hezbollah a remporté 61 sièges sur les 128 que compte le Parlement, soit une baisse de 10 membres depuis le dernier scrutin, il y a quatre ans. Cette perte est largement due aux revers subis par les partenaires politiques du groupe soutenu par l’Iran, et ne devrait pas affaiblir sa propre domination sur la politique libanaise. Les 13 candidats du Hezbollah qui se sont présentés ont tous été élus.

Néanmoins, les résultats ont été salués comme une percée majeure pour les groupes opposés au Hezbollah et aux autres puissants partis politiques du pays, accusés d’être responsables de l’effondrement du Liban, en présentant plus de nouveaux visages indépendants que prévu.

L’adversaire le plus virulent du Hezbollah, le parti nationaliste chrétien des Forces libanaises, est sorti grand vainqueur. Son rival chrétien, le Courant patriotique libre, fondé par le président Michel Aoun et allié du « parti de Dieu », a subi un revers politique.  Les Forces libanaises disposent désormais du bloc le plus important au Parlement, avec 21 sièges, dépassant le Courant patriotique libre, qui détient désormais 18 sièges, soit une baisse de trois sièges par rapport au vote précédent.

Malgré ce revers, le Hezbollah et son principal allié chiite, le groupe Amal du président du Parlement, Nabih Berri, ont conservé les 27 sièges attribués à la secte chiite. Les indépendants et les nouveaux venus, y compris ceux du mouvement de protestation de 2019, ont remporté 14 sièges. Il s’agit d’une réussite majeure si l’on considère qu’ils se sont présentés au scrutin de manière fragmentée et qu’ils ont dû faire face à des intimidations et des menaces de la part des partis traditionnels.

Leur résultat envoie un message fort aux politiciens de la classe dirigeante, qui, depuis des décennies, conservent leurs sièges malgré l’effondrement économique qui a appauvri le pays et déclenché la plus grande vague d’émigration depuis la guerre civile de 1975-1990. Mais avec deux blocs principaux – le Hezbollah et les Forces libanaises – opposés l’un à l’autre, les analystes ont déclaré que la nouvelle scène politique verra probablement plus de paralysie et des frictions croissantes à un moment où l’unité est nécessaire.

« La prochaine phase promet d’être délicate », a déclaré l’analyste politique Youssef Diab. Il a cité les défis à venir, notamment la formation d’un nouveau gouvernement, la finalisation d’un accord avec le Fonds monétaire international, l’élaboration d’un plan de relance économique et l’accord sur un nouveau président à l’automne. « Tous ces sujets sont tendus et le Hezbollah en contestera chaque élément », a-t-il précisé.

Le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, a appelé à la « formation rapide d’un gouvernement inclusif » qui puisse finaliser un accord avec le FMI et accélérer les réformes nécessaires pour mettre le Liban sur la voie du redressement. Les élections législatives de dimanche étaient les premières depuis le début de l’effondrement économique du Liban, fin 2019. Les factions du gouvernement n’ont pratiquement rien fait pour remédier à cet effondrement, laissant les Libanais se débrouiller seuls alors qu’ils plongent dans la pauvreté sans électricité, sans médicaments, sans ramassage des ordures ou tout autre semblant de vie normale.

Le vote est également le premier depuis l’explosion meurtrière du port de Beyrouth en août 2020 qui a fait plus de 200 morts, des milliers de blessés et endommagé des parties de la capitale. « Les résultats montrent que l’humeur des Libanais est tournée contre cette classe dirigeante, et, également, contre l’alignement politique avec l’Iran, a déclaré un responsable des Forces libanaises, Wissam Raji. Les Libanais savent que la situation est devenue désastreuse et que la solution n’est pas entre les mains de la classe dirigeante ».

 

Crédits photo : Le Hezbollah et son principal allié chiite, le groupe Amal du président du Parlement, Nabih Berri (à gauche sur la photo), ont conservé les 27 sièges attribués à la secte chiite (EU, Flickr).

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