« 19 000 enfants servent encore dans les groupes armés au Sud-Soudan »

Dans de nombreux cas, les enfants rejoignent les groupes armés parce qu’ils ont besoin de survivre et veulent avoir un repas quotidien.

Petit à petit, les enfants-soldats recouvrent leur liberté au Sud-Soudan. Mardi, plus de 200 jeunes ont été libérés par les groupes armés sud-soudanais, au terme d’une opération soutenue par l’UNICEF (le Fonds des Nations unies pour l’enfance). La deuxième en quelques mois, puisqu’une autre vague de libération avait eu lieu début février, dans la ville de Yambio (sud) ; 300 enfants avaient alors pu retourner dans leurs familles ou dans des centres de soins, toujours soutenus par les Nations unies (ONU). A terme, ce sont plus de mille jeunes qui doivent être libérés dans les prochains mois, afin qu’ils reçoivent aide alimentaire et éducation, voire formation professionnelle, une fois rentrés chez eux.

« Le travail ne s’arrête pas là »

« Aucun enfant ne devrait jamais avoir à ramasser une arme et à se battrePour chaque enfant libéré, aujourd’hui marque le début d’une nouvelle vie » a déclaré il y a deux jours Mahimbo Mdoe, représentant de l’UNICEF au Soudan du Sud, en marge d’une cérémonie au cours de laquelle les enfants ont été officiellement désarmés et munis de vêtements civils. Reste à leur procurer examens médicaux et suivi psychosocial, dans le cadre du programme de réintégration mis en œuvre par l’UNICEF et ses partenaires. Dans un communiqué publié mardi, l’organisation précise également qu’elle veillera « à améliorer les revenus des ménages […] le fait de ne pas pouvoir subvenir à leurs besoins économiques [pouvant être] un facteur clé pour que les enfants s’associent à des groupes armés. »

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Les 207 jeunes libérés, mardi dernier, appartenaient effectivement au Mouvement de libération nationale du Sud-Soudan et à l’Armée populaire de libération du Soudan. Si le premier a signé en 2016 un accord de paix avec le gouvernement sud-soudanais et est en train d’intégrer ses soldats à l’armée nationale, la seconde demeure dans l’opposition. Et la reprise des combats, en juillet de la même année, avait freiné la libération des enfants-soldats. Qui a donc repris son cours. « L’UNICEF, la MINUSS [Mission des Nations unies au Sud-Soudan, ndlr] et les partenaires gouvernementaux ont négocié sans relâche avec les parties au conflit afin de permettre » ces vagues de libération, a expliqué M. Mdoe. Avant d’ajouter : « Mais le travail ne s’arrête pas là. Le processus de réintégration est délicat et nous devons maintenant nous assurer que les enfants reçoivent tout le soutien dont ils ont besoin pour réussir leur vie. 

« Pourparlers de paix »

Même son de cloche chez le porte-parole de l’UNICEF au Soudan du Sud, James Aldworth. « La situation […] est très difficile d’un point de vue économique. L’inflation est très élevée, et la nourriture sur les marchés locaux est bien trop souvent trop chère pour les habitants. Donc dans de nombreux cas, les enfants rejoignent les groupes armés parce qu’ils ont besoin de survivre et veulent avoir un repas quotidien. » Si dans la majorité des cas, précise-t-il, ces enfants ne combattent pas, « ils font des petits boulots, comme cuisinier, laver, aller chercher de l’eau. » Et ce n’est malheureusement pas près de s’arrêter : « Les chiffres que nous avons indiquent que d’ici à juillet, environ 60 % de la population fera face à une insécurité alimentaire, et la moitié sont des enfants. » Le recrutement de jeunes se poursuivra donc, selon lui.

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Vaste tâche, par conséquent, qui attend les organisations humanitaires qui agissent sur le sol sud-soudanais. Où il reste encore, précise le communiqué onusien, « environ 19 000 enfants qui servent dans les rangs des forces et groupes armés au Sud-Soudan. » Tant que le recrutement et l’utilisation d’enfants par les groupes armés se poursuivent, ces derniers manquent à leur engagement de faire respecter les droits des enfants en vertu des normes internationales, note également le texte. Et « alors que les pourparlers de paix reprennent et que l’avenir du gouvernement de transition est débattu, l’UNICEF exhorte toutes les parties au conflit à mettre fin au recrutement d’enfants et à libérer tous les enfants de leurs rangs. » Les Nations unies se sont fixés comme objectif la libération de tous les enfants-soldats d’ici trois ans – et ont besoin, pour ce faire, de 45 millions de dollars.

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