L’OMS intensifie la lutte contre la malnutrition infantile au Yémen

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19.04.2018

Actuellement, plus de 1,8 million d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë selon l’organisation.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de mettre un visage et un nom à la malnutrition infantile au Yémen. Soraya a 7 mois et sa mère, Wanisa, craint qu’elle ne connaisse le même sort que sa sœur ainée, morte il y a quelques jours de sous-alimentation. La raison pour laquelle elle l’a emmenée dans un centre de stabilisation soutenu par l’OMS, au sein de l’hôpital Kamaran situé dans le district d’Al-Marawia (ouest), à la recherche d’un traitement approprié. Le service, nouvellement créé, fournit un traitement aux enfants dans le besoin ; de nombreuses familles, d’ailleurs, n’hésitent pas à parcourir de grandes distances pour s’y rendre.

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« Je ne peux pas supporter de perdre mon autre enfant. Je fais tout ce que je peux pour lui sauver la vie » témoigne Wanisa, dont les propos sont rapportés par l’OMS. Comme la jeune dame, de nombreuses familles souhaitent faire soigner leurs enfants victimes de malnutrition, malgré les difficultés d’accès au traitement et les difficultés financières. Mais également celles liées à la guerre, qui s’est intensifiée en mars 2015, lorsque l’Arabie saoudite a pris la tête d’une coalition de pays arabes pour épauler le gouvernement contre les rebelles houthistes – soutenus quant à eux par l’Iran.

Malnutrition aiguë

« Alors que le conflit se poursuit sans relâche, la situation s’aggrave » note d’ailleurs l’OMS dans son communiqué. Les Emirats arabes unis (EAU), membres de la coalition saoudienne, viennent par exemple de détruire un drone iranien chargé d’explosif, qui visait vraisemblablement les forces yéménites, à l’ouest du pays – selon le média pro-saoudien Al-Arabiya. Les Houthis effectuent par ailleurs régulièrement des tirs de missiles vers le sol saoudien ; Riyad, de son côté, accuse l’Iran de fournir le matériel aux rebelles, empêchant la désescalade du conflit.

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Sauf que l’Arabie saoudite, pour répondre à ces attaques, a choisi de mettre en place un embargo plus ou moins serré autour du pays, ce qui a empêché pendant un temps l’acheminement d’aide humanitaire au Yémen. La malnutrition infantile pouvant être l’une des conséquences des mesures prises par les Saoudiens. Actuellement, renseigne l’OMS, plus de 1,8 million d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë, dont 500 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. Ce qui nécessite, d’après l’organisation, une admission immédiate dans les programmes de nutrition thérapeutique.

« Beaucoup à faire ensemble »

« Les scènes déchirantes d’enfants malnutris au Yémen signalent les conséquences catastrophiques du conflit. J’ai vu des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère avec des complications médicales qui ont vraiment besoin de soins spéciaux et d’un personnel médical bien formé » a déclaré le docteur Nevio Zagaria, représentant de l’OMS au Yémen. Rien qu’en 2017, plus de 4 430 enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition aiguë sévère avec complications médicales ont été traités dans l’un des 47 centres de stabilisation soutenus par l’OMS. Qui devrait en ouvrir 3 de plus cette année.

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« Malgré les interventions de l’OMS, il reste encore beaucoup à faire pour soulager la douleur de ces enfants. L’ampleur des souffrances est inimaginable et nécessite des efforts concertés et un soutien continu pour répondre aux besoins urgents » a déclaré le docteur Zagaria. « Ce sont des exemples concrets de cas extrêmes, mais ce n’est que la pointe de l’iceberg des nombreux enfants qui souffrent. La communauté internationale et tous les acteurs font de leur mieux, mais il y a encore beaucoup à faire ensemble » estime-t-il.

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