Décès de Mohamed Morsi : les autorités égyptiennes dans la tourmente ?

L’ONU a appelé à une « enquête rapide » sur le décès de l’ex-président égyptien, détenu depuis 6 ans dans les geôles du pays.

Voilà qui devrait attiser davantage la polémique. Mardi après-midi, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est exprimé sur le décès de l’ex-chef de l’Etat égyptien, Mohamed Morsi, survenu lundi dernier lors d’une audition devant un tribunal du Caire. En détention depuis juillet 2013 et le coup d’Etat d’Abdel Fattah al-Sissi, l’ancien président issu des Frères musulmans s’est effondré en pleine séance, avant d’être « transporté à l’hôpital », où il est décédé d’un arrêt cardiaque, selon le communiqué du parquet général égyptien.

« Assassinat »

Selon M. Erdogan, l’un des soutiens de Mohamed Morsi, les causes de sa mort n’ont pas grand-chose de « naturel ». L’homme fort d’Ankara, depuis une mosquée d’Istanbul, où des centaines de personnes ont participé à des prières funèbres, a ainsi déclaré : « Mohammed Morsi a marché pour rejoindre Dieu pendant le procès. Qu’il s’agisse d’une marche normale ou qu’il y ait d’autres considérations à prendre en compte, c’est une chose à laquelle il faut réfléchir. » « Je ne crois pas que c’était une mort normale », a-t-il ensuite ajouté.

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Le discours du président turc fait écho à de nombreux propos, en Egypte comme ailleurs, critiquant les autorités égyptiennes. Le Parti de la liberté et de la justice, bras politique des Frères musulmans en Egypte, a par exemple évoqué un « assassinat » et dénoncé les mauvaises conditions de détention que subissait Mohamed Morsi. De son côté, l’un de ses avocats, Abdelmoneim Abdel Maksoud, a fulminé : « Nous n’avons même pas pu le voir au tribunal à cause des parois de verre blindé [du box] insonorisé. Mais d’autres détenus nous ont fait signe qu’il n’avait plus de pouls. Je l’ai vu emporté sur une civière dans le complexe judiciaire. »

Récupération politique

Pour faire toute la lumière sur le décès de l’ancien chef de l’Etat, le Bureau des droits de l’Homme des Nations unies (ONU) a immédiatement appelé à une « enquête rapide, impartiale, approfondie et transparente ». Rupert Colville, porte-parole du Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, précisant que cette enquête devrait « examiner si les conditions de sa détention ont eu un impact sur sa mort ». Il a notamment mentionné, en guise de charge à l’égard des autorités égyptiennes, l’ « isolement prolongé en cellule » auquel était astreint Mohamed Morsi.

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En mars 2018, note à ce titre le quotidien français Le Monde, « une commission britannique indépendante avait condamné son maintien à l’isolement 23 heures par jour, dans des conditions de détention pouvant ‘‘relever de la torture ou du traitement cruel, inhumain ou dégradant’’ ». Or, a rappelé Rupert Colville, les Etats – dont l’Egypte – qui ont ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ont un « devoir accru » de protéger la vie des personnes détenues. L’enquête, qui devra être menée par une « autorité judiciaire ou autre autorité compétente » – et indépendante du gouvernement égyptien -, aura-t-elle des choses à dire ?

En attendant, Recep Tayyip Erdogan, qui a employé le terme de « martyr » pour évoquer Mohamed Morsi, a regretté que celui-ci n’ait pu bénéficier de funérailles dans sa région d’origine, au nord-est du pays. Un tacle clair à l’encontre des autorités égyptiennes, et d’Abdel Fattah al-Sissi en particulier. Qui craint, selon de nombreux observateurs, que la mort de l’ex-président islamiste soit « récupérée » à des fins politiques.