En Algérie, « une crise économique pourrait survenir dès 2019 »

Les autorités algériennes doivent absolument engager les réformes économiques nécessaires si elles veulent éviter le pire.

Alors que la date de l’élection présidentielle en Algérie vient de tomber (18 avril prochain), une question hante les rues de tout le pays. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, dont l’état de santé de fragilise d’années en années, se représentera-t-il pour un cinquième mandat consécutif ? Lors du scrutin précédent, en 2014, les mêmes questions avaient surgi. Et le principal intéressé s’était lancé tardivement dans une « campagne » jouée d’avance. Cette année-là, aucune surprise en politique donc. Mais l’économie algérienne allait connaitre un bouleversement dont elle ne s’est toujours pas remise.

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Mi-2014, les prix mondiaux du pétrole ont amorcé une chute abrupte, passant de 80 à 110 dollars le baril en 2011-2013, à 40 à 60 dollars l’unité entre 2015 et 2017. Une dégringolade qui a lourdement pesé sur les caisses de l’Etat algérien, fortement dépendant de l’or noir – qui représentait 10 milliards de dollars d’exportation pour le premier trimestre 2018, soit 93,6 % du montant global. Alger a été obligée de puiser dans ses réserves pour assurer les besoins primaires (évalués à quelque 40 milliards de dollars par an), tout en augmentant drastiquement ses importations de carburant (2,5 milliards de dollars en 2017).

« Paralysie politique »

« Depuis la chute du prix du pétrole en 2014, le modèle économique algérien, issu de la guerre civile des années 1990, apparaît de plus en plus insoutenable », indiquait à ce titre l’International Crisis Group (ICG) dans un rapport publié en novembre dernier. Si les cours mondiaux du brut sont depuis remontés, faisant respirer les finances algériennes, ils restent en dents-de-scie et l’accalmie pourrait être de courte durée. Car Alger tarde trop à « diversifier son économie loin des hydrocarbures », selon l’ICG, et « les nouvelles réalités financières ont rendu insoutenables les dépenses élevées de la décennie précédente ».

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Dans le viseur de l’ONG : la procrastination des politiques en Algérie. « Malgré les vœux des gouvernements successifs de mettre en œuvre des réformes et de rééquilibrer les finances publiques, la paralysie politique a milité contre une politique décisive », pointe-t-elle ainsi du doigt. Une « paralysie » à double facteurs, puisque « des intérêts influents cherchent à protéger le statu quo, ce qui profite à une classe d’affaires qui dépend de l’Etat. Et certains facteurs politiques freinent l’enthousiasme pour une approche plus agressive ». Comme la crainte de voir ressurgir les heurts des années 1990.

« Le souvenir des troubles politiques et des effusions de sang qui ont suivi les mesures d’austérité et les réformes politiques des années 1980 et 1990 demeure [en Algérie] », renseigne l’International Crisis Group.

« Crise économique potentielle »

Selon l’ONG, les autorités algériennes marchent aujourd’hui sur des œufs. Si elles ne font rien, l’économie nationale continuera de suivre la courbe des revenus pétroliers, par définition instables. A l’inverse, « un échec à réformer pourrait précipiter une nouvelle période d’instabilité ». L’ICG propose donc au gouvernement algérien de « rechercher une plus grande transparence et une meilleure communication sur les défis économiques auxquels le pays est confronté, une plus grande inclusivité vis-à-vis des acteurs socio-économiques, et une attention plus soutenue à la démographie des jeunes en particulier ».

Si, comme le rappelle l’ONG, le gouvernement a procédé à des séries successives de coupes dans les dépenses, « cela prendra du temps pour produire des résultats ». Quant à la politique monétaire expansionniste mise en œuvre, elle ne fait qu’alimenter « l’inflation et sert simplement à faire gagner du temps au gouvernement, sans régler les problèmes sous-jacents ». Au nombre desquels la renégociation d’un « contrat social implicite entre l’Etat et ses citoyens » figure en bonne position. Le plus tôt sera le mieux, selon l’ICG, qui rappelle qu’ « une crise économique potentielle pourrait survenir dès 2019 ».

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