Les Algériens veulent-ils vraiment le changement ?

Les Algériens semblent plus que jamais dubitatifs sur la nécessité du changement. Comme si la résignation les avait frappés.

L’élection présidentielle algérienne se déroulera donc bien en avril prochain. Abdelaziz Bouteflika, vendredi dernier, a mis fin au suspense qui entourait la date, en signant un décret convoquant le corps électoral. « En application de l’article 136 de la loi organique relative au régime électoral, Monsieur Abdelaziz Bouteflika, président de la République, a pris ce jour [vendredi] un décret présidentiel convoquant le corps électoral pour l’élection présidentielle, qui se déroulera le jeudi 18 avril prochain », peut-on lire dans le communiqué de la présidence. Qui confirme donc la tenue du scrutin suprême cette année. Mais ne lève toujours pas LA grande interrogation : Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, briguera-t-il un cinquième mandat d’affilée ?

Cette question, laissée en suspens, jette un flou dérangeant en Algérie. Car aucun des potentiels présidentiables, à quelques mois de l’échéance, ne s’est pour l’instant déclaré. Tous refusent – et on les comprend – de s’engager dans la course à la présidence si c’est pour être certain de revenir bredouille. Pour mémoire, lors de la dernière présidentielle, en 2014, Abdelaziz Bouteflika (FLN) ne s’était déclaré candidat que quelque temps avant l’élection. Et n’avait même pas pris la peine de faire campagne – son état de santé, aggravé depuis un AVC en 2013, l’en empêchait notamment. Résultat : plus de 80 % des voix au premier tour, largement devant son principal concurrent, Ali Benflis (Indépendant), qui avait à l’époque dénoncé une fraude électorale.

Résignation

Pourtant, personne n’est dupe. Les Algériens sont habitués aux manigances politiques d’un système « à bout de souffle », pointait l’International Crisis Group (ICG) dans un rapport en novembre dernier. Certains, en Algérie, désirent clairement le statu quo, que rien ne bouge, parce qu’ils y ont intérêt. Parmi eux : le Forum des chefs d’entreprise (FCE), principale organisation patronale algérienne – elle représente quelque 7 000 entreprises et 300 000 employés -, ainsi que le clan du chef de l’Etat. En octobre dernier, le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbes, proche du cercle présidentiel, avait déclaré qu’Abdelaziz Bouteflika serait bien candidat à sa réélection… avant de démissionner de son poste, officiellement pour des raisons de santé.

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Un scénario identique, en tout cas, à celui de 2014. Les affiliés du chef de l’Etat – de l’UGTA, la centrale syndicale, au patronat, en passant par le RND, le parti du Premier ministre, Ahmed Ouyahia -, comme il y a 4 ans, ont commencé à rouler pour le fauteuil présidentiel. Leur credo : « Aucune alternative crédible ». Tandis que le principal intéressé, plus marionnette qu’autre chose, continue de faire de la figuration. Seule différence (de taille) : la rue algérienne ne bruisse plus des campagnes anti-reconduction-éternelle-de-Bouteflika qui l’imprégnaient il y a quelques mois encore. Les Algériens semblent plus que jamais dubitatifs sur la nécessité du changement. Comme si la résignation les avait frappés, lassés de se prendre des coups de matraques pour rien.

« Crise économique »

Ces derniers ne s’étaient déjà pas bien passionnés pour le scrutin de 2014, dont la participation (51,7 %), par rapport à celui de 2009 (74 %), avait littéralement chuté. Aujourd’hui, hormis le mouvement citoyen Mouwatana (« citoyenneté »), qui appelle au changement politique « calme et pacifique », peu de voix haussent le ton de manière coordonnée. « L’opposition est démobilisée, fataliste, l’opinion publique indifférente et les partis de l’Alliance n’ont aucune gêne à se terrer en attendant des instructions d’en haut », regrettait d’ailleurs Makhlouf Mehheni, journaliste à TSA, le 15 janvier dernier. Pire : même si Abdelaziz Bouteflika n’était pas candidat à sa réélection, rien n’indique que le pays évoluerait pour autant dans le bon sens.

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« La fin de l’ère Bouteflika, en tant que personne et non en tant que système, ne résoudre rien. Précisément parce qu’il existe ce système politique en Algérie. […] Nos maux et nos soupirs survivront à l’actuel chef de l’Etat, parce qu’ils transcendent cet homme malade, simple révélateur de notre égarement », pointait ainsi du doigt Mounira Elbouti, dans une tribune publiée en novembre dernier. Sauf qu’à force de renier le changement, le pays court à la catastrophe, selon le rapport de l’ICG. « Malgré les promesses des gouvernements successifs de faire des réformes et de rééquilibrer les finances publiques, la paralysie politique a fait obstacle à toute mesure décisive ». Si bien qu’en dépit du « rétablissement du cours du pétrole, la crise économique pourrait frapper le pays dès 2019. »