Après Poutine en Russie, Al-Sissi bientôt plébiscité en Egypte

Le président égyptien, hier, s’est presque excusé d’être le seul candidat à la présidentielle de la semaine prochaine.

Dans une interview diffusée hier, le président Abdel Fattah al-Sissi a déclaré vouloir plus de candidats à l’élection présidentielle de la semaine prochaine. Ceci afin de donner plus de choix aux électeurs. Problème, le pays n’est « pas prêt » pour cela selon le chef de l’Etat. M. Sissi, qui devrait remporter le vote – organisé du 26 au 28 mars prochains – avec une grande majorité des voix, a dès lors déclaré qu’il ne devrait pas être blâmé pour le manque de candidats.

« Atteinte à la décence publique »

L’opposition, à l’exception d’un seul de ses représentants, a de son côté abandonné la course à la présidentielle en invoquant l’intimidation ; quant au seul candidat restant, il a déclaré qu’il soutenait le président. « Vous me blâmez pour quelque chose avec laquelle je n’ai rien à voir. Je jure devant Dieu, j’ai souhaité 1, 2, 3 ou même 10 personnes [à vous soumettre] » s’est presque excusé le président égyptien. « Nous ne sommes pas prêts » a-t-il répété.

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A la fin de l’année dernière, deux anciens militaires de haut rang avaient surpris en annonçant qu’ils se présenteraient contre le maréchal Sissi – avec la certitude, vu l’engouement de la rue, que leur offre pourrait plaire. L’un d’eux, l’ancien chef d’état-major militaire, Sami Anan, a été arrêté en janvier, après avoir été accusé de se présenter de manière illégale à des fonctions publiques – et reste actuellement en détention. L’autre, ancien commandant des forces aériennes et Premier ministre, Ahmed Chafik, a également abandonné.

Khaled Ali, avocat défenseur des droits humains et figure de l’opposition de gauche, engagé par ailleurs dans la lutte contre la corruption et la défense des travailleurs, a quant à lui renoncé à se porter candidat fin janvier dernier. Il avait été condamné en septembre 2017 à trois mois de prison pour « atteinte à la décence publique », accusé d’avoir fait un bras d’honneur devant une cour de justice.

Espoir d’amélioration

Selon certains groupes de défense des droits humains, entre autres, la raison de ces désistements n’est pas à chercher bien loin. Les autorités exerceraient maintes pression – auprès des médias notamment – pour faire taire les critiques. Qui pointent du doigt régulièrement, par exemple, les carences sécuritaires de l’Egypte, alors qu’Abdel Fattah al-Sissi, en 2014, s’était fait élire en promettant de mettre fin au terrorisme qui gangrène certaines régions du pays, comme le Sinaï.

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Concernant la situation économique du pays, le président peut en revanche arguer d’une légère reprise par rapport à sa prise de pouvoir en 2014. En septembre dernier, le rapport annuel du Fonds monétaire international (FMI) actait ainsi le retour de la confiance dans l’économie égyptienne, alors que, selon les observateurs, les indices macroéconomiques sont bons. Le déficit public a diminué à 9 % du PIB et l’inflation pourrait retrouver fin 2018 son niveau d’avant-crise (entre 11 et 13,5 %).

Dans l’attente de réformes structurelles pour diversifier l’économie et créer une croissance inclusive, la situation reste toutefois fragile. Pour les Egyptiens en premier lieu. Après la révolution de 2011 et la chute d’Hosni Moubarak et du pouvoir militaire, l’arrivée de Mohammed Morsi à la tête de l’Egypte avait fait espérer une amélioration dans le pays, rongé par les inégalités et muselé par la dictature. A l’aube du plébiscite pro-Al-Sissi, celle-ci se fait encore attendre.

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