Bahreïn et l’insupportable situation des prisonniers politiques

Le royaume continue de défier les droits de l’Homme, et cela en toute impunité diplomatique.

La dictature sunnite ne ménage décidément ses efforts pour punir les « fauteurs de troubles ». Et pour cause, Hajer Mansoor, une prisonnière d’opinion qui a purgé une peine de trois ans d’emprisonnement à l’issue d’un procès manifestement inique, n’a finalement obtenu sa libération que début mars, relaie Amnesty International. Une hérésie pure et simple pour Lynn Maalouf, directrice des recherches de l’ONG sur le Moyen-Orient.

Scandale

« Hajer a été condamnée à trois ans d’emprisonnement pour des accusations absurdes de “terrorisme”, uniquement en raison de ses liens familiaux avec Sayed Ahmed Alwadaei, un militant des droits humains qui réside aujourd’hui au Royaume-Uni. Sa parodie de procès n’était donc qu’un acte de représailles visant à intimider et faire taire un détracteur des autorités de Bahreïn qui leur avait échappé. Il n’est pas rare que, pour réduire au silence des militants vivant à l’étranger, les autorités bahreïnites harcèlent, menacent et détiennent arbitrairement des membres de leur famille. Tous les autres prisonniers d’opinion détenus uniquement pour avoir exercé sans violence leurs droits fondamentaux ou en raison de leurs liens avec des personnes ayant critiqué les autorités doivent à présent être libérés immédiatement et sans condition. »

Le triste cas Nabil Rajab

Une tendance qui n’est pas sans rappeler la jurisprudence Nabil Rajab, du nom de ce dissident farouchement opposé à la guerre au Yémen dans laquelle le Bahreïn occupe une place non négligeable au côté de son allié saoudien. Une prise de position du militant chiite qui lui vaut depuis une véritable descente aux enfers. Déjà condamné à deux ans d’emprisonnement en juillet 2017 pour « propagation de rumeurs et de fausses nouvelles lors d’interviews télévisées hostiles au pouvoir », l’intéressé a en effet vu sa condamnation à cinq ans de prison dans une autre affaire définitivement entérinée par la Cour suprême.

Dans les faits , ce coup de poignard judiciaire porte sur des tweets de Rajab dénonçant des cas présumés de torture à Bahreïn. Il lui est en outre reproché « d’avoir accusé un pays voisin », à savoir l’Arabie saoudite qui mène actuellement une lutte d’influence meurtrière contre l’Iran au Yémen. Sans surprise, ce jugement porte le sceau de la solidarité diplomatique.

La société civile crie au scandale

Dans la foulée, les proches de ce martyre n’ont pas manqué de conspuer une décision en totale inéquation avec les droits de l’Homme. C’est le cas de son cousin et compagnon de lutte, Maytham al-Salman, dont les propos recueillis par RFI mêlent tristesse et incompréhension.

« Nabil Rajab mérite une récompense pour avoir appelé à la fin de la guerre au Yémen. A présent, il restera en prison… à part si la communauté internationale décide de faire pression sur (le gouvernement) pour obtenir sa libération. Je pense que la communauté internationale doit prendre des mesures concrètes contre les violations des droits de l’Homme. Il est déplorable qu’il y ait des doubles mesures à ce sujet. »

Un traitement de faveur en prison

Concrètement, il s’agit d’un sérieux coup de massue pour Rajab qui vit un triste calvaire dans les geôles du pays. Selon l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), l’Etat interférerait en effet régulièrement dans le traitement médical suivi par l’opposant, dont la santé lui a valu plusieurs séjours à l’hôpital ces dernières années. Sa vie ne tiendrait même qu’à un fil, fustige de son côté la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH).

Qui ajoute que Rajab – intimement lié au Printemps arabe par ses actions contestataires – n’est qu’un exemple de plus de la répression en règle sur le territoire consistant à « emprisonner, torturer, intimider, déchoir de leur nationalité ou forcer à l’exil de nombreuses personnes s’étant opposées pacifiquement ou ayant critiqué la politique (étatique) ».

Pour rappel, Bahreïn mène régulièrement des actions discriminatoires à l’encontre de la communauté chiite établie dans le royaume. Rajab a notamment milité à plusieurs reprises pour que cette dernière bénéficie d’une meilleure représentation au Parlement.

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