Libye : l’émissaire spécial de l’ONU peste contre les ingérences étrangères

La sulfureuse problématique libyenne est plus que jamais le symbole d’une guerre se jouant sur l’échiquier international.

« Les forces loyales au maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est libyen, ont annoncé avoir abattu mercredi 20 novembre un drone italien qui survolait une zone sous leur contrôle dans l’ouest du pays », relaie Le Figaro.

Une information qui ne manquera pas d’agacer l’émissaire spécial de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, totalement opposé aux violations internationales concernant l’embargo sur les armes touchant cet Etat vampirisé par des luttes intestines intensives… Avec d’un côté, le gouvernement d’union nationale (reconnu par les Nations unies) mené depuis Tripoli par le Premier ministre, Fayez al-Sarraj, et de l’autre, le maréchal Haftar, “détenteur” des champs pétroliers nationaux et qui se montre également très “gourmand” territorialement. L’intéressé étant déterminé à reprendre la main sur la capitale, via des frappes aussi violentes que régulières.

Ghassan Salamé s’impatiente

Face à ce marasme, G. Salamé était monté au créneau début septembre devant le Conseil de sécurité pour obtenir des résultats concrets dans cette équation particulièrement complexe. Et cela, en raison des habituels intérêts divergents de l’échiquier mondial dans ce genre de dossier.

A ce titre, Khalifa Haftar bénéficie d’appuis à différents niveaux de la part de l’Egypte, de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, de la Russie ou encore des Etats-Unis. Alors que Fayez al-Sarraj est soutenu, entre autres, par le Qatar et la Turquie. Sa survie dépendant de milices proches de la confrérie islamiste des Frères musulmans, ce qui explique qu’il soit épaulé par Doha ou encore Ankara, souligne Les Echos. Quant à Paris et Rome, ces derniers continuent de maintenir une position diplomatique quelque peu schizophrénique.

« De nombreux Libyens se sentent abandonnés par une partie de la communauté internationale et exploités par d’autres », avait alors  fustigé l’émissaire, lors d’une liaison vidéo avec l’institution new-yorkaise.

Avant de poursuivre : « Sans un soutien sans équivoque de ce Conseil et de la communauté internationale dans son ensemble, deux scénarios très désagréables (sont à craindre). D’une part, la poursuite d’un conflit persistant et de faible intensité, d’autre part une intensification des soutiens militaires à l’une ou l’autre partie qui plongerait l’ensemble de la région dans le chaos. Or l’idée de donner une chance à la guerre, et qu’une solution militaire est possible, représente une chimère. »

Un duel européen franco-italien

Et pour cause, alors que la France milite depuis des mois, (et sans succès), pour l’organisation d’élections anticipées en Libye (législatives et présidentielle), force est de constater que la situation politique de la patrie de l’ex-dictateur Kadhafi reste un désastre difficilement soluble dans l’immédiat.

D’autant plus que Rome a profité de la brèche pour s’inviter doucement mais surement à la table des négociations. Pourquoi ? Car la Libye reste un pion central dans la région méditerranéenne. Notamment en ce qui concerne la problématique migratoire, véritable cauchemar pour l’exécutif de la Botte. Ainsi, si l’ex-ministre de l’Intérieur italien s’est contenté dans un premier temps de tirer à boulets rouges sur la France – considérant que Paris n’agissait que pour ses propres intérêts – Matteo Salvini a fini par obtenir en novembre 2018 l’organisation d’une conférence sur la Libye à Palerme (Sicile). Une session qui, au final, s’est avérée peu fructueuse et particulièrement décousue.

Des civils pris dans l’étau

Pour information, les combats aux abords de Tripoli ont fait plus de 1000 morts depuis le 4 avril. Mais ont aussi engendré plus de 120 000 déplacés, déplore l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Face à ce terrible bilan, le Bureau onusien des affaires humanitaires (OCHA) confirme malheureusement que « beaucoup de civils pris au piège dans les zones de conflit font face à un dilemme : rester chez eux ou partir en raison de l’incertitude des affrontements. Un (choix de Sophie) aggravé par le fait que l’approvisionnement en nourriture et autres produits de première nécessité est en train de s’effondrer dans certains quartiers ».

A lire aussi : La France, à la fois complice et victime du chaos libyen ?

Partages