Pétrole : Riyad estime qu’elle n’est pas responsable de la hausse des cours

Le baril de Brent s’est maintenu au-dessus de 112 dollars, lundi, notamment à cause de la guerre menée par la Russie en Ukraine.

L’Arabie saoudite a déclaré lundi qu’elle « ne portera aucune responsabilité » dans une éventuelle pénurie de l’approvisionnement en pétrole sur les marchés mondiaux, après que plusieurs attaques des rebelles Houthis du Yémen ont affecté la production du royaume, premier exportateur mondial de brut.

Cet avertissement inhabituellement sévère a marqué une rupture avec les déclarations habituellement prudentes du géant pétrolier, car les responsables saoudiens sont conscients que même leurs plus petits commentaires peuvent faire fluctuer le prix du pétrole et ébranler les marchés mondiaux.

Guerre en Ukraine

La salve d’attaques rebelles contre les installations pétrolières de l’Arabie saoudite a marqué une grave escalade dans la guerre, qui a éclaté en 2014 lorsque les Houthis, soutenus par l’Iran, ont pris la capitale, Sanaa, et une grande partie du nord du pays. L’Arabie saoudite et ses alliés ont répondu par une campagne aérienne dévastatrice pour déloger les Houthis et rétablir le gouvernement reconnu par la communauté internationale.

Après sept ans, le conflit au Yémen s’est transformé en une impasse sanglante et a engendré l’une des pires catastrophes humanitaires au monde selon les Nations unies (ONU).

L’agence de presse publique saoudienne a cité le ministère saoudien des Affaires étrangères, qui a estimé que le royaume « déclare qu’il ne portera aucune responsabilité pour toute pénurie d’approvisionnement en pétrole sur les marchés mondiaux à la lumière des attaques contre ses installations pétrolières. »

Cette annonce intervient alors que le royaume reste en phase avec l’OPEP et d’autres pays producteurs de pétrole dans le cadre d’un accord limitant les augmentations de production. Les producteurs de pétrole des pays du Golfe ont jusqu’à présent résisté à la pression de l’administration Biden pour pomper plus de brut afin de faire baisser les prix du pétrole qui ont grimpé en flèche dans le contexte de la guerre de la Russie en Ukraine.

Les prix de l’essence ont déjà atteint des sommets dans le monde entier. Aux États-Unis, le prix de l’essence a atteint 4,25 dollars lundi, selon le club automobile AAA, juste en dessous du record historique de 4,33 dollars atteint au début du mois.

« La communauté internationale doit assumer sa responsabilité de préserver les approvisionnements énergétiques », ajoute le communiqué saoudien, afin de dissuader les attaques qui mettent en péril « la capacité de production du royaume et sa capacité à remplir ses engagements ».

Le baril de Brent, référence internationale du pétrole, s’est maintenu au-dessus de 112 dollars dans les échanges lundi, en hausse de plus de 4 % sur la séance précédente. Le prix reste inférieur au pic de près de 140 dollars atteint au début du mois, mais reste supérieur d’environ 15 dollars par baril à celui d’avant l’invasion russe en Ukraine.

Défense saoudienne

Dimanche, les rebelles yéménites soutenus par l’Iran ont lancé l’une de leurs plus intenses séries d’attaques visant la production de pétrole et de gaz naturel du royaume, déclenchant un incendie dans un centre de distribution de pétrole dans le port de Jeddah, deuxième ville du pays, et perturbant la production d’un complexe pétrochimique à Yanbu, sur la côte de la mer Rouge.

L’étendue globale des dommages subis par les installations n’était pas claire. Le ministère saoudien de l’Énergie a reconnu une baisse temporaire de la production de pétrole sur le site de Yanbu, d’une capacité de 400 000 barils par jour, sans donner de précisions.

Le gouvernement a condamné les attaques comme une menace pour la sécurité des approvisionnements pétroliers mondiaux « dans ces circonstances extrêmement sensibles ». Avant même que les chars russes ne pénètrent en Ukraine, les approvisionnements énergétiques mondiaux avaient du mal à suivre le rythme de la demande post-pandémique. Les sanctions punitives prises par l’Occident à l’encontre de Moscou, qui compte parmi les plus grands producteurs et exportateurs de pétrole au monde, ont déclenché de nouvelles turbulences sur le marché.

Les attaques contre les installations de la compagnie pétrolière nationale contrôlée par l’État, Aramco, l’une des entreprises les plus importantes et riches du monde, ont mis en évidence les lacunes des défenses saoudiennes et rappelé les attaques spectaculaires contre deux installations pétrolières clés dans l’est du pays, en 2019 (imputées aux Houthis et, derrière eux, à l’Iran), qui avaient temporairement interrompu la moitié de la production totale de pétrole de l’Arabie saoudite.

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