Yémen : les séparatistes du Sud ont pris le contrôle de l’île de Socotra

Les tensions à Socotra surviennent après que les séparatistes ont déclaré l’autonomie du sud du Yémen, en avril dernier.

Des séparatistes yéménites, financés par les Émirats arabes unis (EAU), ont pris le contrôle samedi de camps militaires et de police dans l’archipel de Socotra, au sud du Yémen, un site du patrimoine mondial de l’UNESCO, ont déclaré des responsables de la sécurité. Comme le révèle l’agence américaine Associated Press (AP), à la fin de la journée, les milices séparatistes avaient mis la main sur la plus grande partie de cette province, éloignée des forces du gouvernement reconnu par la communauté internationale.

Le Conseil de transition du Sud (STC), un organisme sécessionniste, a également arrêté plusieurs militaires et civils opposés à la présence de milices financées par les Émiratis à Socotra, selon les mêmes responsables. Parmi les personnes arrêtées se trouve notamment le brigadier Abdel-Rahman al-Zafrani, commandant de l’armée de l’air dans la province, ont-ils ajouté sous couvert d’anonymat, sans préciser la cause de ces arrestations.

« Les milices qui font partie du Conseil de transition du Sud étaient les alliés sur le terrain des Émirats arabes unis, autrefois le principal partenaire de coalition de l’Arabie saoudite dans la guerre qui a duré des années contre les rebelles Houthis soutenus par l’Iran. Le STC brandit le drapeau de l’ancien État communiste du Sud et a poussé à diviser de nouveau le pays en deux, comme cela a été le cas de 1967 à 1990 », rappelle AP.

Autonomie du Sud

L’île de Socotra, à quelques encablures du Golfe d’Aden, la « capitale » du sud yéménite, est extrêmement stratégique. Située non loin du détroit de Bab el-Mandeb, elle voit passer un important commerce maritime, dont celui du pétrole. En raison de sa biodiversité — elle abrite quelque 700 espèces uniques au monde –, elle est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et a été déclarée réserve de biosphère en 2003 par l’agence des Nations unies.

Le gouverneur de Socotra, Ramzi Mahrous, a condamné les attaques séparatistes dans sa province, déclarant depuis sa maison que ses forces riposteraient. Mais sans donner de détails. Vendredi, les séparatistes ont pris le contrôle de plusieurs bâtiments appartenant à l’État, dont le siège du gouverneur, alors qu’ils avançaient vers la capitale de la province, Hadebo. Les combats, comme le note l’agence américaine, ont d’ailleurs été féroces, avec les forces gouvernementales du Yémen, dirigées par le président yéménite en exil, Abd Rabbo Mansour Hadi.

Les tensions à Socotra surviennent après que les séparatistes ont déclaré l’autonomie du sud du Yémen, en avril dernier, et pris le contrôle de la ville d’Aden. Elles font désormais craindre un nouveau chaos, dans un pays en proie à la guerre depuis plus de 5 ans, entre la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les rebelles Houthis. L’été dernier, les EAU ont toutefois annoncé qu’ils mettaient fin à leur rôle dans ce conflit. Mais les observateurs estiment qu’Abou Dhabi reste active en finançant par exemple le STC.

 

Crédits photo : des Dragonniers de Socotra, au Yémen (Valerian Guillot).

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