Au Liban, une fête de l’Indépendance à la saveur particulière

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22.11.2017

Saad Hariri, le Premier ministre libanais, a finalement rejoint le pays hier soir, après la période de flottement qui avait suivi l’annonce de sa démission surprise depuis Riyad, le 4 novembre dernier.

Ce 22 novembre, la population libanaise, qui réclamait jusqu’alors la fin de la domination étrangère sur le pays du Cèdre et la libération de son principal dirigeant, obtient gain de cause. Après plusieurs mois de manifestations, un pacte national scelle la liberté acquise et met en place un fonctionnement communautaire du système politique. La présidence de la République aux chrétiens ; le poste de Premier ministre aux musulmans. C’est le début d’une période faste pour l’économie, les infrastructures et le développement de l’Etat, mais qui mènera également à des tensions sociales et religieuses. Nous sommes en 1943 et le Liban vient d’arracher son indépendance aux mains des Français.

Centre nerveux

74 ans plus tard, les acteurs ne sont plus les mêmes, mais la situation, à quelques exceptions près, semble étrangement familière. Un Premier ministre tout juste démissionnaire retenu à l’étranger ; une puissance régionale, l’Arabie saoudite, accusée de piloter le pays ; la France qui joue les premiers rôles – mais inversés – pour dénouer la crise naissante ; un compromis politique dans les cartons de plusieurs dirigeants libanais… La fête de l’Indépendance libanaise, cette année, a un petit goût d’hier, au vu de l’actualité brûlante de la région, qui interpelle forcément. Ce qui n’a pas empêché, malgré tout, les officiels de se rendre, comme chaque année, avenue Chafic Wazzan, à Beyrouth, pour assister au défilé militaire.

Saad Hariri, le président du Conseil des ministres qui avait annoncé sa démission depuis Riyad (Arabie saoudite), le 4 novembre dernier, s’est d’ailleurs entretenu à ce sujet avec le président de la République, Michel Aoun. Qui lui a demandé de remettre sa décision à plus tard pour laisser le temps à la réflexion de faire son œuvre. « J’ai présenté aujourd’hui ma démission au président Aoun et il m’a incité à attendre avant de la lui donner et de la conserver pour que se poursuive le dialogue en ce qui concerne ses raisons et le contexte politique » a déclaré Saad Hariri à la télévision. L’annonce de début novembre était intervenue alors que les tensions entre Riyad et Téhéran se faisaient de plus en plus vives – Beyrouth étant l’un des centres nerveux de cette rivalité.

Protecteurs

Si le Premier ministre ne change pas d’avis, d’après le quotidien libanais L’Orient-Le Jour (OLJ), « le Liban étant une démocratie parlementaire, le président de la République doit ensuite entamer des consultations avec les députés de tous bords en vue de nommer un nouveau Premier ministre. Parmi les possibles candidats, les ex-Premiers ministres Fouad Siniora, un des ”faucons” du camp emmené par M. Hariri et hostile au Hezbollah, ou Najib Mikati, une figure sunnite plus acceptée par le parti chiite ». L’OLJ, jusqu’à ce matin, envisageait également que Saad Hariri revienne sur sa décision, ce qui n’aurait pas déplu au chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui s’est déclaré lundi dernier « ouvert à tout dialogue, toute discussion dans le pays. »

Un « ton conciliant » qui permet d’espérer, selon le quotidien francophone, qu’un compromis puisse à nouveau voir le jour au pays du Cèdre, quelle que soit la figure du Premier ministre. Car si la constitution prévoit la répartition des postes-clés entre les chrétiens (présidence de la République), les sunnites (Premier ministre) et les chiites (présidence de l’Assemblée), la concorde nationale dépend avant tout des amitiés et des inimitiés de chacun. L’incertitude règne donc au Liban, tandis que le dossier est activement débattu par ses acteurs internationaux. Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour un jour de commémoration d’indépendance. Parmi eux : la France qui, contrairement à 1943, estime avoir rendu sa liberté au pays en permettant le retour de son Premier ministre. Oppresseurs un jour, protecteurs toujours ?

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