A Gaza, le système de santé menace de s’effondrer

L’OMS a besoin de 11,2 millions de dollars pour répondre à la situation sanitaire dans la Bande de Gaza.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et ses partenaires ont besoin de 11,2 millions de dollars pour répondre à la situation sanitaire dans la Bande de Gaza, l’institution a-t-elle annoncé hier dans un communiqué. Actuellement, 1,27 millions d’habitants ont des « besoins sanitaires prioritaires », et ce pendant au moins trois mois ; « si le financement n’est pas assuré d’urgence, 1 715 patients seront immédiatement confrontés à une situation mettant leur vie en danger, dont 113 nouveau-nés » a-t-elle alerté.

Fermeture d’hôpitaux 

Le « territoire palestinien occupé » est aujourd’hui touché par une crise prolongée et a des besoins humanitaires chroniques. « La situation humanitaire à Gaza s’est encore détériorée, ce qui affecte des millions de personnes et menace la vie de patients vulnérables. L’approvisionnement limité en électricité et en combustible pour les groupes électrogènes de secours perturbe gravement la fourniture des services de base tels que la santé, l’eau et la gestion des déchets » renseigne l’OMS dans son communiqué.

Ce mois-ci, la plupart des foyers n’ont eu qu’un accès restreint à l’eau – seulement 3 à 5 heures par jour – et 96 % de l’eau n’était pas propre à la consommation. « Toute interruption de l’alimentation électrique met immédiatement en danger la vie des patients qui dépendent d’appareils électriques, indique par ailleurs l’organisation. Au total, plus de 1,27 million de personnes seront directement touchées par la fermeture d’établissements de santé ». Le ministère de la Santé a effectivement mis en œuvre des mesures d’urgence, dont la fermeture temporaire de trois hôpitaux.

« L’argent a disparu »

Celle-ci a eu « un impact supplémentaire sur les services essentiels dans les 11 hôpitaux restants – y compris la chirurgie, les services médicaux généraux et les services de diagnostic », alors que les établissements de Gaza sont déjà surchargés, avec un taux d’occupation des lits de plus de 90 %. « A la fin de janvier, 40 % des médicaments essentiels étaient épuisés et 43 % étaient disponibles depuis moins d’un mois » note également l’OMS. Qui ajoute : « Les patients les plus gravement affectés sont les patients en urgence, les patients des unités de soins intensifs et ceux qui ont besoin d’une intervention chirurgicale vitale. »

La dégradation de la situation sanitaire s’ajoute à l’état de délabrement global de Gaza depuis plusieurs mois, alors que près de 50 % de la population est au chômage et 65 % vit avec moins d’1,50 euro par jour. La cause principale ? « L’argent a disparu » pour l’envoyé spécial du Monde à Gaza, Piotr Smolar. Ce dernier d’énumérer les facteurs de cette « crise de liquidités », dont « la réconciliation impossible entre factions palestiniennes ennemies – le Fatah du président Mahmoud Abbas et les islamistes du Hamas – et l’absence d’un véritable gouvernement à Gaza ».

« La paix au Proche-Orient »

En octobre dernier, les deux « frères ennemis » avaient pourtant signé un accord pour la restitution du contrôle administratif de la Bande de Gaza et des postes-frontières avec l’Egypte et Israël à l’Autorité palestinienne (AP). Sauf que rapidement, Yehya Al Sinouar, le chef du Hamas, avait laissé entendre que cet accord finirait aux oubliettes comme les autres tentatives de rapprochement. Depuis, les deux mouvements se rejettent la responsabilité de cette réconciliation ratée, tandis qu’Israël maintient son blocus – tout comme l’Egypte – autour du territoire gazaoui.

Lire aussi : Le Fatah et le Hamas, deux mouvements « aux origines très différentes »

Mardi dernier, le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a une nouvelle fois milité aux Nations unies (ONU) pour la création d’un Etat palestinien, alors que 55 pays refusent encore cette hypothèse. Car, selon lui, « il est essentiel de créer un mécanisme multilatéral grâce à une conférence internationale pour avoir la paix au Proche-Orient. » En attendant, l’OMS a lancé un appel aux dons pour soulager les habitants de la Bande de Gaza et le système de santé, qui menace de s’effondrer.

Partages