Les Nations unies lancent un plan d’intervention humanitaire au Yémen

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24.01.2018

Plus de 11 millions de Yéménites ont sérieusement besoin de l’aide humanitaire promise par l’ONU.

« Je demeure profondément préoccupé par la situation humanitaire au Yémen, qui a continué de se détériorer en raison du conflit en cours, de l’effondrement des services de base et du déclin économique. » Dans un communiqué de presse publié lundi, Mark Lowcock, le sous-secrétaire général des Nations unies (ONU) chargé des affaires humanitaires, a fait part de son inquiétude concernant l’état de délabrement du pays du sud de la Péninsule arabique. Qui, depuis mars 2015, voit une coalition de pays arabes emmenée par l’Arabie saoudite – et soutenant le gouvernement yéménite en exil – affronter les rebelles houthistes dans l’ouest du pays.

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« Opérations de sauvetage »

Selon lui, « les Yéménites souffrent depuis trop longtemps. Ils ont besoin que les parties au conflit respectent le droit international humanitaire en les protégeant et en facilitant un accès humanitaire rapide, sûr et sans entrave. » Aujourd’hui, plus de 22 millions de personnes ont besoin d’une telle aide, soit 3,4 millions de plus que l’année dernière, dont 11 millions de manière sérieuse, pour un coût estimé à environ 3 milliards de dollars. C’est la raison pour laquelle l’ONU et certains partenaires humanitaires ont lancé le 21 janvier dernier un plan d’intervention humanitaire au Yémen pour 2018.

Objectif : récolter suffisamment de fonds pour mettre en œuvre la politique d’assistance – médicale, sanitaire, alimentaire – souhaitée par les Nations unies. « Je demande que ces contributions soient versée d’urgence pour permettre des opérations de sauvetage » a exhorté M. Lowcock. « L’an dernier, les 1,65 milliards de dollars fournis par les donateurs ont permis aux humanitaires de sauver des millions de vies, notamment en fournissant une aide alimentaire direct à plus de 7 millions de personnes chaque mois. » Cette année, c’est presque le double qui est nécessaire.

Zone gouvernementale

Alors qu’en 2017 elle avait alloué environ 200 millions de dollars à l’aide humanitaire au Yémen, l’Arabie saoudite vient d’annoncer qu’elle lui octroierait cette année 1,5 milliard de dollars. Qui s’ajoutent aux 2 milliards de dollars que Riyad a transféré à la Banque centrale du pays pour tenter de sauver le riyal qui ne cesse de chuter. Les Emirats arabes unis (EAU), membre de la coalition et agissant directement au sol – là où les Saoudiens contrôlent les airs -, ont eux aussi promis de participer au plan onusien. Ainsi que le Canada (12 millions de dollars) et le Fonds central d’intervention humanitaire (50 millions de dollars).

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Si Mark Lowcock se « félicite » de l’aide massive apportée par la coalition, impossible de nier que l’Arabie saoudite joue sur plusieurs tableaux à la fois. Régulièrement accusée de viser indistinctement rebelles et civils, Riyad soumet de plus le Yémen à un blocus – plus ou moins poussé – depuis mars 2015, en empêchant par exemple l’aide de transiter par les ports aux mains des rebelles – comme celui d’Hodeida. A la place, la coalition a décidé de diriger une partie des flux maritimes vers des installations situées en zone gouvernementale, comme Aden, Moukala ou Moka.

Résolution politique

L’Arabie saoudite a également inauguré un « pont aérien » vers Marib (nord-ouest) pour acheminer l’aide humanitaire, et promet des vols quotidiens tout en maintenant un blocus partiel autour de l’aéroport de Sanaa. « Nous soutenons une mission humanitaire préparée professionnellement avec des moyens militaires afin de faire en sorte que l’aide humanitaire parvienne à la population qui en a besoin », a déclaré le porte-parole de la coalition, le colonel Turki al-Maliki. Qui rejette les accusations selon lesquelles Riyad empêcherait l’acheminement de l’aide humanitaire, en accusant les rebelles houthistes à la place.

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« Je continue d’appeler toutes les parties à mettre fin aux hostilités et à engager un dialogue constructif avec l’ONU afin de parvenir à un règlement politique durable » a de son côté indiqué le haut responsable onusien dans son communiqué. Véritable serpent de mer depuis de nombreux mois maintenant, la résolution politique du conflit, pour certains observateurs, n’est pas près de voir le jour. Hier soir se tenait tout de même à Paris une réunion des ministres des Affaires étrangères britannique, américain, saoudien et émirati sur le sujet.

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