Le Qatar et les Émirats trouvent un arrangement dans l’affaire des banques émiraties

Plusieurs établissements bancaires, aux Émirats, ont cherché à déstabiliser l’économie de Doha, dans le cadre du Mondial 2022 notamment.

On dit toujours qu’il vaut mieux un bon arrangement qu’un mauvais procès. Le Golfe en a été récemment encore la preuve. Ainsi, le Qatar a été rétabli dans son bon droit face à plusieurs banques émiraties, qui avaient déclenché des attaques simultanées contre le système financier qatari, à la suite du blocus érigé par le quartet émirato-saoudo-bahreïno-égyptien, le 5 juin 2017, contre Doha. Le Qatar a ainsi réglé une action en justice qu’il avait intentée contre Emirates NBD Bank PJSC et Abu Dhabi Commercial Bank PJSC en novembre 2020, suite à des allégations selon lesquelles les deux entités auraient tenté de dévaluer sa monnaie locale pendant la crise de 2017.

C’est la fin d’une opération politique et financière totalement illégale menée par les Émirats arabes unis contre son rival régional, avec qui il ne s’est réconcilié que de façade depuis. Les tensions restent palpables et cet épisode est un exemple parmi tant d’autres de la guerre d’influence qui a lieu entre les deux pétromonarchies depuis les Printemps arabes. Que s’était-il exactement passé ?  Plusieurs banques basées à Abou Dhabi avaient orchestré des attaques contre l’économie de Doha, lors de la crise du Conseil de coopération du Golfe (CCG) de 2017, dans l’espoir de nuire à sa capacité à accueillir la Coupe du monde de football en 2022. Une véritable tentative de déstabilisation dont s’est finalement relevé le petit émirat.

Au cours de la rupture régionale, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte avaient du jour au lendemain imposé un blocus aérien, terrestre et maritime illégal au Qatar, l’accusant de soutenir le terrorisme – des allégations qui ont été démenties avec véhémence et restent à ce jour largement infondées.

Selon un rapport de Law360 publié lundi dernier, l’affaire a été résolue le 6 janvier 2022, après que le juge David Foxton a signé l’accord à la Haute Cour de Londres. Lors de sa première action en justice, le Qatar avait demandé plus de 100 millions de livres sterling (au moins 136 millions de dollars) aux banques émiraties, après les avoir accusées de s’être « injustement enrichies » en manipulant les indices du riyal qatari à New York. Par ailleurs, le Qatar avait accusé Emirates NBD Bank et Abu Dhabi Commercial Bank d’avoir causé des dommages à Doha et à ses citoyens, en s’immisçant « illégalement » dans ses intérêts économiques avant même juillet 2017.

Déclaration d’Al Ula

Selon l’article cité, les mesures prises par les banques émiraties pour nuire à l’économie qatarienne comprenaient non seulement des cotations fictives mais également des transactions croisées. Le procès contre les deux institutions basées aux Émirats arabes unis est à distinguer de la précédente action en justice que le Qatar avait intentée contre des banques à New York et à Londres en 2019, les accusant d’avoir lancé une campagne de guerre financière sur Doha.

Le procès londonien a été plus loin et a visé la banque luxembourgeoise Havilland – en particulier son ancien employé Vladimir Bolelyy -, pour avoir orchestré une attaque contre le riyal qatari. A l’époque, cela avait coûté 40 milliards de dollars au Qatar, qui avait dû, depuis son fonds souverain, injecter dans son économie des liquidités pour soutenir sa monnaie. Ce qui avait entraîné la liquidation de près de 3 milliards de dollars de bons du Trésor américain et de billets détenus à New York.

En ce qui concerne le procès de New York,  il a visé deux autres banques régionales : la First Abu Dhabi Bank et la Samba Bank d’Arabie saoudite, pour des accusations similaires. Alors que la Banque Havilland s’est défendue en niant les allégations du Qatar, un rapport publié par Bloomberg en 2020 avait démontré des liens directs entre le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed, et la Banque Havilland

Plusieurs autres procédures judiciaires ont été menées par le Qatar tout au long de la crise du CCG dans un certain nombre d’instances judiciaires, notamment la Cour internationale de justice (CIJ), mais aussi l’Organisation de l’aviation civile internationale (OAIC) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Un certain nombre de ces poursuites ont été abandonnées depuis la signature de la déclaration d’Al Ula, le 5 janvier 2021, qui a vu la fin de la crise du blocus contre le Qatar. Mais pas les poursuites financières.

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