La guerre au Yémen a fait plus de 70 000 victimes selon l’ACLED

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24.04.2019

Selon l’ONG, les chiffres officiels, qui font état de 10 000 victimes, sont « nettement inférieurs » à la réalité.

Au cours des 5 derniers mois, au Yémen, plus de 10 000 personnes sont mortes, a fait savoir la semaine dernière l’ACLED (Armed Conflict Location and Event Data Project), une ONG qui collecte et analyse des données sur les terrains de crise. « Ce qui porte à plus de 70 000 le nombre total de victimes de la guerre depuis 2016 », renseigne-t-elle également dans son communiqué, alors que les « compteurs officiels » se sont arrêtés à quelque 10 000 Yéménites tués par le conflit. Qui, pour rappel, oppose depuis mars 2015 une coalition militaire saoudienne – alliée du gouvernement yéménite – aux rebelles Houthis (chiites).

23 000 « événements » en octobre 2018 

Pourquoi une telle différence entre les chiffres régulièrement avancés dans les médias et ceux de l’organisation ? « Les données sur les décès sont généralement la partie la plus biaisée et la moins exacte de tout rapport dans les conflits, car elles sont particulièrement sujettes à la manipulation par les groupes armés et, parfois, les médias, indique l’ACLED dans une note explicative. La rareté ou la partialité des reportages, ainsi que l’accès limité des médias aux sites de violence, peuvent en effet donner lieu à des estimations très différentes du nombre de victimes d’un même événement. » 

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Les estimations officielles, s’appuyant sur des « données sélectionnées provenant d’établissements de santé », apparaissent ainsi « nettement inférieures » à la réalité. Pour le seul mois d’octobre 2018, environ 23 000 « événements » ont été « géolocalisés » dans plus de 2 000 lieux différents au Yémen. Ce qui explique la difficulté de la tâche consistant à dénombrer toutes les victimes du conflit. « Il s’agit notamment de villes (et de quartiers de grandes villes, comme Sanaa, Aden, Hodeïda et Taïz), de villages et d’autres lieux habités, ainsi que […] les zones désertiques du nord-est du pays », affirme l’ONG.

Trêve jamais vraiment appliquée

Concernant les « attaques directes ciblant les civils », l’ACLED en a dénombrées 3 155 depuis 2016, faisant plus de 7 000 victimes. « La coalition dirigée par l’Arabie saoudite et ses alliés sont responsables du plus grand nombre de décès de civils signalés en raison d’attaques directes : plus de 4 800 », contre plus de 1 300 pour les Houthis et groupes affiliés. Si le nombre de victimes a globalement diminué au Yémen – en particulier dans des zones comme Hodeïda (ouest) et Sanaa, la capitale -, l’ACLED affirme que « les combats meurtriers se poursuivent dans tout le pays et se sont même intensifiés » à Taïz (sud-ouest) et Hajjah (nord-ouest), où les « décès signalés ont augmenté de façon spectaculaire ».

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En dépit de ces affrontements, l’éventualité d’une cessation des hostilités, au Yémen, a récemment refait surface. « Les belligérants ont promis à Martin Griffiths, l’émissaire de l’ONU [pour le pays], de se retirer de la ville portuaire de Hodeïda sur la mer Rouge, un geste qui pourrait enfin relancer les négociations politiques en vue d’en finir avec [la] guerre », indiquait il y a quelques jours Georges Malbrunot, journaliste au Figaro et spécialiste du Moyen-Orient. Les rebelles houthistes – qui tiennent la zone – tout comme la coalition saoudienne auraient accepté un « plan de redéploiement détaillé », condition sine qua non d’une trêve dont le principe avait été adopté en Suède en décembre dernier. Mais jamais vraiment appliquée.