Maroc : l’État social au cœur du PLF 2023… Le mythe d’Akhannouch inspiré du Roi

Dans les États où le pouvoir et l’argent sont réunis, où la corruption règne, il n’y a pas de place pour les valeurs.

Dans le cadre des préparatifs relatifs à la nouvelle année financière, le chef du gouvernement marocain envoi sa lettre de cadrage du projet de loi de finances de 2023, contenant les réalisations de l’année écoulée et fixant les priorités encadrant les décisions de la nouvelle loi de finances. Ces décisions se basent principalement sur les orientations de Mohamed VI, roi du Maroc, Commandeur des Croyants, chef Suprême et Chef d’Etat-major des forces armées royales. Et, premier businessman marocain enfoui dans tous les domaines vitaux de l’économie marocaine : services financiers, construction, distribution, télécommunications, mines, énergies, immobilier et bien d’autres. Celui qui appliquera ses orientations, le Premier ministre, est un grand homme d’affaires, actionnaire principal et ex-PDG d’une holding détenant plus d’une cinquantaine d’entreprises implantées dans les secteurs d’activités les plus prometteurs : carburants et lubrifiants, gaz et fluides, immobilier et presse, etc.

La première priorité que s’est fixé le gouvernement est le renforcement des piliers de l’Etat social, une notion présente depuis le règne de Hassan II. C’est la carte jouée par son successeur Mohamed VI depuis qu’il était prince héritier et jusqu’aujourd’hui, après 23 ans de règne. Depuis lors, toutes les politiques sociales se déployaient au nom du « Roi des pauvres » qui détenait – et détient – le monopole des décisions sociales, mais pas les seules. Au titre de ce PLF, le gouvernement mise sur le social, et bien évidemment, suivant les orientations du Souverain ; il compte à cet égard, l’achèvement du chantier de généralisation de la couverture sociale, en complétant l’élaboration du cadre juridique, financier et technique afin assurer le passage du régime du RAMED au régime de l’AMO (Assurance Maladie Obligatoire) à la fin de 2022. La généralisation de la couverture médicale est une initiative royale qui remonte à 2008, elle a donné naissance en 2011 au Régime d’Assistance Médicale (RAMED) qui a promis de permettre à la population précaire et marginalisée, surtout, de bénéficier d’une assistance médicale bien élargie. Alors que ce chantier, n’a pas pu aboutir in fine aux finalités prévues, comme a indiqué Mohamed VI lors de son discours de trône de 2018 en remettant en question le système de la couverture social in extenso. Deux ans plus tard, et lors du discours du trône de l’année, il appelle à instaurer un programme de généralisation de la couverture sociale au profit de tous les marocains, s’étalant sur 5 années à compter de 2021, sans revenir aux failles qu’a connu l’ancien programme pour éviter la reproduction du même scénario de l’échec.

Charité et bienfaisance

Les raisons principales de l’échec émanent des deux caractéristiques majeures des politiques publiques marocaines : elles sont aléatoires d’un côté, ne font pas les bons choix aux bons moments, ceci dit, qu’elles n’arrivent pas à fixer avec précision le temps convenable de l’intervention, ni à cerner le problème qu’on tente de régler et qui est la raison d’être de chaque politique publique ; d’un autre côté, elles sont exclusives, dans la mesure où Mohamed VI détient le monopole de la légitimité de prise de décisions, de législation et de l’exécution.

Toujours dans le cadre de cette première priorité du PLF de l’année 2023, le gouvernement prévoit la généralisation des allocations familiales directes, durant l’année prochaine, au profit de 7 millions d’enfants appartenant aux familles vulnérables et pauvres et 3 millions de familles sans enfants en âge de scolarité, suivant une politique de ciblage de ces classes sociales qui satisferont aux conditions d’éligibilité.

Ces allocations font le même objet que les aides alimentaires distribuées par le Roi, lui-même, durant le mois de Ramadan de chaque année en faveur des plus démunis parmi la population marocaine, elles ne régleront pas la situation de cette catégorie, mais interviennent pour la compliquer davantage en maintenant cette classe dans le besoin toujours, et dans l’infériorité par rapport à leur supérieur qui perçoit ces aides en étant des aumônes. Les politiques publiques relevant du social, repose sur le principe de la charité et de la bienfaisance, que sur la précision et l’expertise.

Entre la rente et la subvention, dont l’allocation familiale est une forme, un fil ténu. Ces allocations peuvent être perçues ainsi comme des rentes si elles émanent d’une volonté de maîtriser l’ire de ces individus de la société marocaine, qui sont inactifs, au chômage ou occupant informellement quelques postes d’emploi ; du fait que ces versements seront reçus périodiquement et sans contrepartie d’une force de travail ou d’une création de valeur ajoutée, et donc consolident le caractère parasitaire de ces individus dans l’économie. Mais en réalité, la contrepartie est leur silence à l’égard de la prédation des entités gouvernantes, de la dissipation de l’argent public, de la répression… et la liste est longue.

Le chef du gouvernement, prévoit au titre de la même année financière, une réforme du secteur de l’éducation-formation qui s’étalera sur la période allant de 2022 à 2026. Cette réforme tend à baisser du tiers le taux d’abandon scolaire, à augmenter les taux d’apprentissage de base des élèves pour les ramener à 70%, en plus d’améliorer le nombre des étudiants bénéficiaires des activités parascolaires, et ceux bénéficiant des services de transport et de restauration. Du côté des enseignants, la réforme compte rendre ce métier plus attractif pour les jeunes étudiants dans le but de multiplier par cinq le nombre des étudiants du cycle des licences de l’éduction. Une décision pour laquelle le gouvernement mobilisera une enveloppe de 4 MMDH et 5 années d’opérationnalisation à partir de la prochaine année.

Corruption et répression

L’honnêteté nous incite à dire que la défaillance de l’enseignement réside dans la crédibilité en matière de détection des failles, et des obstacles qui heurtent le développement du système éducatif marocain. Ceci remet en question, directement, la volonté du système politique d’établir le changement, et de jeter la logique des simulacres de réformes qui a marqué, depuis toujours, son action et ses interventions dans les différents secteurs. Cette sclérose de l’enseignement qui a persisté depuis le règne de Hassan II, est en même temps une conséquence de la volonté de cet homme de maintenir le peuple dans l’ignorance, qu’il l’a exprimé clairement dans son discours du 23 mars 1965 : « Permettez-moi de vous dire qu’il n’y a pas de danger aussi grave pour l’État que celui représenté par un prétendu intellectuel. Il aurait mieux valu que vous soyez des illettrés ». Cette volonté héritée par le nouveau régime, est devenue une référence dans la conception des stratégies allouées au secteur. D’ailleurs, ce n’est que pour cette raison que jusqu’aujourd’hui, on n’arrive pas à observer une évolution concrète, en dépit des maintes réformes dictées d’en haut. Ni monsieur AKHANNOUCH, ni les membres de son gouvernement pourront agir à ce propos.

Quid des 250 000 postes d’emploi prévus par le PLF 2022 ?

Le gouvernement conserve son objectif de l’année dernière, qui consiste à créer 250 000 postes d’emplois durant les deux exercices 2022 et 2023. Un objectif qui nous paraît irréalisable -et même irréaliste- si on se réfère au faible rythme de la croissance économique du pays, n’a pas été revu par les membres du gouvernement. Mettons les pendules à l’heure, le Maroc aujourd’hui n’est pas face à un problème de chômage. Effectivement, la part des chômeurs est en stagnation depuis 2009 et fluctue dans une fourchette de 9% à 12%. Mais le problème le plus sérieux est celui de la population inactive qui est en augmentation continue, passant de 47% en 2000 à 54% en 2019, une hausse qui ne se conjugue pas principalement par l’augmentation des inscriptions scolaires en cycles secondaire et supérieur, mais par celle des personnes non scolarisées. En outre, le pays bénéficie de la fenêtre de l’opportunité démographique, et ce jusqu’à 2040. Id est que la proportion de la population indépendante connaîtra une stagnation autour de 50% de la population qui est en âge de travailler, qui supportera la croissance économique du pays, et permettra d’accroître le PIB par tête. Tandis que le tiers des jeunes ayant entre 15 et 24 ans sont des NEET, ne sont ni en emploi, ni en éducation ou formation.

L’Etat social n’est que la liberté, la dignité et la justice sociale, trois conditions sine qua non le développement est entravé. Liberté, dignité et justice sociale sont des convictions idéologiques et des valeurs représentant le trait d’union entre tous les acteurs de la société : citoyens, conseillers, ministres, décideurs, responsables et chef de l’Etat ; qui peuvent alors se traduire en programmes et politiques publiques qui mèneront à l’Etat social.

Dans le cas des États où le pouvoir et l’argent sont réunis, où la corruption et la répression règne, il n’y a pas de place pour les valeurs et les principes… on ne peut même pas en parler d’un Etat.

Partages