Manifestations au Soudan : derrière le prix du pain, un ras-le-bol général

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24.12.2018

Depuis quelques jours, les Soudanais protestent contre la hausse du coût de la vie, mais également l’inertie du régime.

Depuis mercredi dernier, des protestations ont lieu, au Soudan, pour protester contre le coût de la vie. Selon plusieurs témoins, de nombreuses personnes ont été blessées au cours d’échauffourées avec la police, comme à Um Ruwaba (Etat du Kordofan nord), où des manifestants ont brûlé de pneus et brandi des slogans appelant au « renversement du régime ». Jeudi dernier, des autorités soudanaises annonçaient que les vagues de mécontentement – qui ont essaimé dans quelques villes du Kordofan – avaient fait 8 morts parmi les protestataires.

« Démission immédiate »

Ce qui a mis le feu aux poudres ? La décision récente du gouvernement d’augmenter le prix du pain de 1 à 3 livres soudanaises (de 2 à 6 centimes de dollars environ). Mais la gronde, en réalité, sommeillait depuis trop longtemps. Le Soudan souffre, entre autres, d’une pénurie de pain, de farine, de combustible et de gaz, en raison de la hausse du dollar par rapport à la livre soudanaise – qui s’échange contre 2 centimes de dollars… Un déséquilibre qui a entrainé une inflation de près de 70 %, renchérissant à l’extrême le coût de la vie des Soudanais.

Un mouvement de grève a même débuté lundi, dans la continuité des manifestations de ces derniers jours, considérées comme les plus importantes depuis trois décennies et le début du « règne » d’Omar el-Béchir. Les hôpitaux ont été les premiers à répondre présents à l’appel lancé hier par un rassemblement de professionnels, qui devrait déposer mardi une demande officielle exigeant la « démission immédiate du président en réponse à la volonté du peuple soudanais » et la « formation d’un gouvernement transitoire ».

Accepter les réformes

« La raison principale des manifestations est économique et liée aux prix élevés, mais les racines de la crise […] sont politiques », a indiqué à l’AFP Abdellattif al-Bouni, professeur de sciences politiques. Selon qui le soulèvement actuel est dû à « l’échec des politiques gouvernementales, [aux] erreurs et la mauvaise gestion ». Par exemple, depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, le pays a vu une bonne partie de ses réserves de pétrole s’échapper, alors que Khartoum misait sur l’or noir (90 % de ses revenus) pour se développer et se moderniser.

La population attend à présent des autorités soudanaises qu’elles s’attaquent à la diversification de l’économie du pays – la grande problématique de tous les régimes pétroliers. En attendant, une partie des protestataires, au premier rang desquels l’ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi (dernier à avoir été démocratiquement élu), appelle à un « changement de régime ». Et dénonce la « répression armée » contre le mouvement populaire. En janvier dernier, le régime avait rapidement étouffé des protestations, dirigées, déjà, contre la cherté de la vie. Pour beaucoup, les autorités doivent à présent faire amende honorable et accepter les réformes. Politiques pour commencer.