La Tunisie à Davos : un coup pour rien ?

« Rien de stratégique n’a été dit » par Youssef Chahed lors de son passage à Davos, regrette l’économiste Aram Belhaj.

Le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, s’est rendu mardi 22 janvier en Suisse, pour participer à la 49ème session du Forum économique mondial de Davos. Il était accompagné d’une délégation comprenant le ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale, Zied Ladhari. Tout sauf un hasard, puisque la Tunisie partait à la pêche.

Et entre les 60 chefs d’Etat et de gouvernement, les dirigeants des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale, BAD…) et de grandes organisations internationales, ainsi que les quelque 3 200 chefs d’entreprises et autres participants présents, les opportunités ne manquaient pas. Encore fallait-il convaincre les investisseurs et les bailleurs de fonds.

Visite mal préparée

A Davos, le chef du gouvernement tunisien a donc rencontré un certain nombre de représentants d’institutions financières et de donateurs internationaux. Mais également des dirigeants mondiaux et d’acteurs économiques clés, dont la chancelière allemande, Angela Merkel, le président du Rwanda, Paul Kagamé, président en exercice de l’Union africaine (UA), et le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, notamment.

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Un manège diplomatique que certains experts ont pu critiquer, qualifiant la présence tunisienne à Davos de « mal préparée ». « Une visite de ce genre ne pouvait être bénéfique qu’à travers deux piliers : la valorisation des acquis, comme les libertés, les lois socio-économiques votées, la dynamique liée au processus démocratique, etc., et la présence d’une vision d’Etat stratégique pour les partenaires et les bailleurs », estime le docteur en économie Aram Belhaj.

Soutien à la Tunisie

Selon lui, la participation de Youssef Chahed à une table ronde sur les perspectives stratégiques pour la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), représentait « une très bonne occasion pour exposer cette vision stratégique. Malheureusement, rien de stratégique n’a été dit lors de cette table ronde ». Le chef du gouvernement y a ainsi abordé la question de la transition politique et son coût économique, et évoqué la nécessité de l’intégration économique des pays de la région, entre autres.

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« Il y avait à mon sens une chance de mieux valoriser les avantages comparatifs que possède la Tunisie, mais aussi et surtout de mieux décrire les préparatifs de la Tunisie à l’ère de la révolution industrielle 4.0, avec les transformations numériques et technologiques en cours », regrette Aram Belhaj. Même si la présidente par intérim de la Banque mondiale, Kristalina Georgieva, a rappelé l’engagement de l’institution financière à poursuivre et renforcer son soutien à la Tunisie.

« Des mots gentils »

Le docteur en économie de citer un rapport publié par l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES), un think tank sous tutelle de la présidence de la République, intitulé « La Tunisie en 2025 », où des « leviers sectoriels et transversaux sont présents ». Autrement dit : le chef du gouvernement aurait pu profiter de Davos pour avancer quelques pions s’il avait eu une stratégie… Car « si nous n’arrêtons pas une trajectoire stratégique et économique pour notre pays, nous n’aurons que des mots gentils et des promesses de nos partenaires et bailleurs », redoute-t-il.

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Ceci alors que l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair a rencontré des membres de la délégation de Youssef Chahed au Forum économique mondial. Et demandé au ministre de l’Investissement, Zied Ladhari, si la communauté internationale soutenait suffisamment la Tunisie. « Faites-le moi savoir. Cela m’intéresse beaucoup », lui prête-t-on en guise de réponse. Avant d’ajouter, en français dans le texte : « J’aimerais bien venir en Tunisie pour voir de près cette exaltante expérience, unique dans la région et bien réconfortante. » Des mots gentils, en somme.