Liban : les autorités n’hésitent pas à censurer la presse étrangère

La presse hexagonale, et plus globalement internationale, souffre de la censure libanaise.

Israël, Iran, pédophilie dans l’Eglise… les sujets qui dérangent au pays du Cèdre ne manquent pas. La censure imposée par le ministère de l’Intérieur ou les institutions religieuses est donc monnaie courante sur le territoire.

Considérée comme un oasis de liberté dans le monde arabe, Beyrouth reste pourtant contradictoire sur de nombreux points liés aux droits de l’Homme ou à l’actualité planétaire. France Info référence ainsi plusieurs cas corroborant cet état de fait.

« Dans son numéro spécial sur les 40 ans de la révolution iranienne, une caricature du guide suprême iranien, Ali Khamenei, a été couverte d’un autocollant gris opaque dans tous les numéros vendus dans le pays. Début février, le magazine d’actualité l’Obs avait été amputé de cinq pages sur les nouvelles technologies en Israël. Un mois auparavant, des autocollants gris opaques ont recouvert les pages du journal satirique, le Canard enchaîné pour cacher deux caricatures illustrant le tabou de la pédophilie dans l’Eglise. »

Les institutions religieuses ont un droit de regard

Concernant l’épineux dossier religieux, Aymane Mahna – qui dirige l’association pour les liberté de la presse et d’expression, “Les yeux de Samir Kassir” –  assure :

« Avant même de prendre une décision, l’article est envoyé soit au conseil catholique d’information soit aux autorités musulmanes sunnites ou chiites pour avis. »

L’intéressé ne s’arrête d’ailleurs pas en si bon chemin et révèle que « les blogueurs, activistes et même les simples citoyens libanais critiques sur (la Toile) » sont susceptibles de payer les frais de leur arrogance.

« (Ces derniers) doivent s’expliquer de plus en plus régulièrement  devant un “bureau de lutte contre la cybercriminalité”. L’absence totale de cadre juridique quand il s’agit d’enquête sur Internet est un problème. Mais le pire, c’est le côté arbitraire et sélectif des convocations. Des personnes indépendantes qui ne font pas partie des grands courants politiques et qui sont critiquent à l’égard de toute la classe politique ne bénéficient d’aucune protection. Ce sont ces gens-là qui se font convoquer. »

L’homosexualité, sujet encore très tabou

Plus récemment encore, une émission de télévision sur le thème de l’homosexualité évite de justesse la censure après une cabale médiatique dérangeante. “Ana Heyk” (littéralement “Je suis ainsi”) défraie en effet la chronique en raison du choix de ses invitées. Des lesbiennes.

Malheureusement, les réseaux sociaux rappellent dans la foulée que le pays du Cèdre – pourtant considéré comme l’une des nations les plus tolérantes du Moyen-Orient – ne manquent pas de voix extrémistes virulentes à l’encontre de la population homosexuelle.

Pire, un recours en justice est même déposé auprès de la juge des référés de la capitale afin d’obtenir le retrait de l’émission. Sans succès, puisque la justice a finalement confirmé qu’une telle décision relevait d’une mesure de censure préalable. Ce qui n’était pas le cas en l’état.

De leur côté, les associations locales LGBT ont fêté cette victoire sociétale comme il se doit, en saluant l’intelligence de la justice dans ce dossier. Une justice qui a su notamment « poser des limites aux avancées des fondamentalistes ». 

Pour rappel, le Liban a tout de même organisé en 2017 la première Gay Pride du monde arabe.