Idlib : un père apprend le rire à sa fille pour surmonter sa peur des bombes

|
25.02.2020

Pour tenter de minimiser l’impact des combats sur la santé psychologique de sa fille, Abdullah Mohammed a fait le pari… du rire.

Si l’issue des combats, qui se tiennent en ce moment dans la région d’Idlib (nord-ouest), entre les forces armées syriennes et les combattants rebelles et djihadistes, est plus ou moins incertaine, une chose est sûre : les enfants sont ceux qui souffrent le plus des affrontements qui émaillent la Syrie depuis 2011. D’après l’UNICEF, qui le clame et le répète, le conflit syrien a effectivement des conséquences dramatiques sur la santé mentale, notamment, et le bien-être global des enfants. Qui sont 450 000 à avoir dû quitter leur foyer, depuis le 1er décembre dernier, autour d’Idlib, le dernier bastion rebelle du pays.

« Être victime ou assister à des actes de violence, vivre dans la peur et l’insécurité, manquer de nourriture, de soins médicaux, être séparé de sa famille, ne pas avoir de logement, être privé d’éducation… Tout cela a un impact sur les enfants et peut provoquer de graves traumatismes, rappelle l’agence des Nations unies (ONU) sur son site Internet. Les enfants sont confrontés à des périodes d’anxiété profonde, à la solitude, au désespoir. Les adolescents sont placés face à un avenir sans espoir, ce qui les pousse à se renfermer dans des postures agressives ou peut les mener vers la dépression. »

« Nous en rirons »

Pour tenter de minimiser autant que possible l’impact des combats sur la santé psychologique de sa fille de trois ans, Salwa, Abdullah Mohammed, habitant d’Idlib, a fait le pari… du rire. Alors que les troupes gouvernementales avançaient vers sa ville natale de Saraqeb (gouvernorat d’Idlib), il y a deux mois, la famille de la petite fille s’est enfuie plus au nord, vers la ville de Sarmada, où elle est à présent logée dans une maison abandonnée offerte par un ami. C’est là qu’Abdullah Mohammed a décidé de tourner une vidéo, devenue virale, où il interroge sa fille vêtue d’une robe rose, à chaque fois qu’une bombe se fait entendre :

— C’est un avion ou un obus ?

— Un coquillage, et quand il tombera nous en rirons, lui répond-elle.

Syrie, Idlib. Abdullah Mohammed et sa fille de trois ans, Salwa, installés dans une maison près de la frontière turque, après qu'ils ont fui les combats dans la région d'Idlib. Lorsqu'une bombe se fait entendre, Abdullah Mohammed tente de faire rire sa fille, pour l'aider à surmonter sa peur.

Abdullah Mohammed a dit qu’il avait inventé ce jeu pour aider sa fille à surmonter sa peur. L’agence Associated Press (AP), qui rapporte cette information, ajoute : « Salwa a entendu des bombes toute sa vie. Quand elle était bébé, elle n’avait pas peur, mais cela a changé après sa première année. Un jour, ils étaient à l’intérieur de la maison, à Saraqeb, pendant l’Aïd al-Fitr, la fête musulmane de trois jours qui marque la fin du mois sacré du Ramadan. Les enfants ont célébré la fête avec des pétards. » « Elle était effrayée, mais je l’ai emmenée dehors et lui ai montré que les enfants jouaient et riaient », se souvient son père.

« Nos plus chers espoirs »

Voilà comment il a eu l’idée d’associer le bruit des bombes aux rires et aux jeux des enfants. A présent, chaque fois qu’ils entendent des obus ou des bombes exploser, Salwa se tourne vers lui et attend sa réaction. Il sort son téléphone pour se prendre avec sa fille en vidéo. Puis ils la regardent et éclatent de rire. L’agence AP de faire part de ce jour où Abdullah Mohammed a regardé Salwa jouer avec des Lego, une scène qui lui a fait pensé à quel point la guerre avait anéanti les espoirs et les rêves de sa génération et de ses enfants. « Ce que j’espère, simplement, c’est de rester en vie. Nous avons oublié nos plus chers espoirs, ils n’existent plus », a-t-il confié.

Partages