Opérations « mains propres » en Algérie

Le chef d’Etat-Major de l’armée a incité mercredi les autorités judiciaires à multiplier les enquêtes pour corruption.

En Algérie, les grandes fortunes tombent comme des mouches. Quatre frères milliardaires liés au président algérien démissionnaire, Abdelaziz Bouteflika, ont été arrêtés par la police, a rapporté la télévision nationale algérienne, et sont détenus dans le cadre d’une enquête pour des faits de corruption, selon cette même source. Un autre milliardaire célèbre, Issad Rebrab, grand industriel et première fortune d’Algérie, a également été appréhendé lundi par la gendarmerie algérienne. Selon les médias nationaux, il aurait prodigué une « fausse déclaration concernant des mouvements de capitaux ».

Interdiction de quitter le pays

Issad Rebrab est le patron du premier groupe privé d’Algérie, Cevital, un conglomérat algérien de l’industrie agroalimentaire, la grande distribution, l’industrie et les services – il a notamment racheté le leader de l’électroménager tricolore Brandt en 2014. Selon les médias algériens, il devrait être « déféré devant le procureur du tribunal de Sidi Mohamed à Alger immédiatement après la fin de son audition par le juge d’instruction ». Quant aux quatre frères, nommés Redah, Tarek, Abdel Kader et Karim, ils appartiennent à la famille Kouninef et sont réputés proches du clan Bouteflika.

Ali Haddad, l’un des principaux hommes d’affaires algériens et partisans de l’ex-président, a quant à lui été arrêté fin mars, alors qu’il tentait de traverser la frontière avec la Tunisie muni de deux passeports. Le lendemain de son arrestation, les procureurs ont annoncé le lancement d’enquêtes concernant d’autres individus (non nommés), et interdit à des personnes soupçonnées de corruption de quitter le pays. Autre groupe familial dans le viseur des autorités : celui de Mahieddine Tahkout, qui détient le marché du transport étudiant à Alger ainsi qu’une usine de montage de voiture Hyundai.

« Aspiration populaires »

Le chef d’Etat-Major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, avait affirmé la semaine dernière s’attendre à ce que les procureurs conduisent des enquêtes sur les magnats corrompus ayant des liens avec le cercle restreint de Bouteflika. Après des critiques concernant une potentielle immixtion dans la procédure judiciaire, il a tenu à préciser : « Je rappelle également que le Commandement de l’Armée Nationale Populaire offre des garanties suffisantes aux services judiciaires pour poursuivre avec détermination et en toute liberté, sans aucune contrainte ni pression, le jugement de ces corrupteurs ».

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L’Algérie est le théâtre, depuis le 22 février dernier, de manifestations massives, au départ tournées contre le 5ème mandat de Bouteflika. Puis rapidement transformées en contestation contre l’ensemble du « système » algérien. Dans une déclaration au média prorusse Sputnik, Ali Benouari, ancien ministre du Trésor, a ainsi commenté ces arrestations d’hommes d’affaires à l’aune de cette « révolution populaire ». Et affirme que l’armée algérienne est face à une responsabilité historique, puisqu’elle est tenue « de répondre vite aux aspirations populaires », faute de quoi la situation pourrait dégénérer.

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