Covid-19 : n’oublions pas la Syrie, le Yémen, Gaza…

La pandémie de coronavirus en cours montre à quel point la solidarité, entre pays riches et pays démunis, est nécessaire.

La pandémie de Covid-19 doit inviter à la réflexion. En Syrie, alors que le pays entre dans sa dixième année de conflit, « la population est épuisée et particulièrement vulnérable », alerte Nirvana Shawky, directrice régionale de Care pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. A cause des combats, passés ou en cours – dans la région d’Idlib, au nord-ouest, notamment, où l’armée syrienne, épaulée par l’aviation russe, tente de reprendre parcelle après parcelle aux combattants rebelles et djihadites -, des millions de personnes vivent dans des abris de fortune ou des camps de déplacés, précaires et surpeuplés.

Vulnérabilité

S’ajoute à la situation humanitaire dramatique, selon les Nations unies (ONU), le fait que « de nombreux hôpitaux et centres de santé ont été bombardés. Les professionnels de santé sont peu nombreux : ils sont morts, ont quitté le pays ou ont été contraints de fuir les bombardements », déplore Nirvana Shawky. Qui ne peut que constater l’incapacité des organisations humanitaires, faute de ressources nécessaire, à fournir une assistance médicale suffisante à grande échelle en cas d’épidémie de grande ampleur.

« Nous sommes déjà submergés par les besoins immenses. Il faut agir vite pour épargner encore plus de souffrances aux Syriens », presse la directrice régionale de Care pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Du côté de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), on a vraisemblablement pris la mesure des événements. Après plusieurs jours de louvoiement, Damas a fini par annoncer ce que tout le monde subodorait : le premier cas officiel de contamination au Covid-19 dans le pays. Ce qui n’a pas manqué de provoquer la stupeur et l’inquiétude des quelque trois millions de personnes retranchées dans la région d’Idlib, prises au piège entre les deux parties aux combats.

Or, d’après un porte-parole de l’OMS, Hedinn Halldorsson, « les déplacés vivent dans des conditions qui les rendent vulnérables aux infections respiratoires ». Sans parler du manque d’eau et de nourriture qu’ils rencontrent. Selon lui, des tests pour diagnostiquer le Covid-19 devraient être disponibles à Idlib très prochainement ; ils devaient être livrés mercredi 25 mars à un laboratoire de la ville, avant une nouvelle fournée de 2 000 tests supplémentaires, a ajouté l’OMS.

« Collaboration »

Outre la Syrie, un autre pays de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) traverse une crise humanitaires sévère, « la pire du monde » selon l’ONU, et pourrait affronter prochainement des vagues d’infection : le Yémen, « l’un des pays les plus isolés au monde du fait de la guerre », affirme Aaron Brent, directeur de Care au Yémen. « Pour le moment, aucun cas n’a été recensé, mais si le virus venait à frapper ici, ce serait terrible. Les pays riches peinent déjà à faire face à l’épidémie. Après cinq ans de guerre, le système de santé est en ruine », précise-t-il.

De nombreuses organisations humanitaires, dont Care, appellent désormais la communauté internationale a faire preuve de solidarité et à se mobiliser pour aider les pays les plus vulnérables à faire face à la pandémie. « Si le virus se propage dans les pays les plus pauvres de la planète, le monde entier sera impacté. Cette situation exceptionnelle met en avant, plus que jamais, l’importance d’unir nos forces et de faire front commun face au virus », estime Care dans un communiqué.

A Gaza, des premiers cas de Covid-19 ont déjà été signalés, menaçant à terme deux millions de personnes. Le nombre de malades pourrait augmenter très rapidement, ce à quoi le système de santé n’est clairement pas préparé. Mais l’heure, plus que jamais, est à la solidarité, comme l’affirme un travailleur humanitaire à Libération. Qui note les « efforts colossaux de coordination et de collaboration » déployés entre Israéliens et Palestiniens pour endiguer la propagation du virus. Une leçon pour tous les décideurs du monde, qui doivent plus que jamais regarder du côté des pays les plus démunis.

Lire aussi : Covid-19 : les Palestiniens travaillant en Israël priés de dormir sur place

 

Crédits photo : Idlib (Syrie), le 22 mars 2020. En combinaison, des membres de la Défense civile syrienne, appelés Casques blancs, transportent du produit désinfectant vers un hôpital. AFP/Omar HAJ KADOUR

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