13 ONG internationales condamnent les récentes frappes aériennes au Yémen

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26.04.2018

L’attaque dirigée par l’Arabie saoudite, lundi, et visant un mariage, a fait au moins 22 morts et 60 blessés, dont des enfants.

Face à de nouvelles attaques contre des populations et infrastructures civiles survenues en début de semaine, 13 ONG internationales travaillant au Yémen ont fermement condamné la flambée de violence à travers le pays. « Nous sommes outrés par les rapports faisant état de frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite, qui ont visé un mariage dans le gouvernorat de Hajjah, lundi matin, tuant au moins 22 personnes et blessant plus de 60 autres, dont des enfants » ont ainsi déclaré, entre autres, Action contre la faim, Handicap international et Care France, dans un communiqué publié hier. Celles-ci de préciser également que « d’autres frappes aériennes ont eu lieu près des locaux d’ONG internationales, dans le gouvernorat de Saada, et les bombardements continus dans Hodeïda ont forcé des centaines de familles à fuir ce mois-ci. »

Solution politique

Depuis mars 2015, le Yémen est le théâtre d’une guerre entre, d’un côté, une coalition de pays arabes emmenés par Riyad – qui soutient le président yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi, réfugié en Arabie saoudite -, et, de l’autre, les rebelles houthistes, des combattants chiites épaulés par l’Iran. La première est souvent accusée de frapper de manière indistincte populations civiles et militaires, faisant de nombreux morts, et le patron des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, a réclamé « une enquête rapide, efficace et transparente » sur l’attaque de lundi dernier. Tandis que le conflit a fait, pour l’instant, plus de 10 000 morts, Riyad est également accusée d’avoir entraîné le pays dans la « pire crise humanitaire du monde » selon l’ONU. Environ 20 millions de Yéménites ont besoin d’une aide humanitaire, aujourd’hui, quand 7 à 8 millions de personnes sont au bord de la famine.

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Dans leur communiqué, les ONG ont ainsi appelé « toutes les parties au conflit, et ceux qui ont de l’influence sur ces dernières, à respecter les lois de la guerre et à prendre des mesures immédiates pour assurer la protection des civils. » Ce qu’elles réclament également : « De cesser les attaques contre les civils et les infrastructures civiles et de faciliter la livraison d’aide humanitaire à celles et ceux qui en ont besoin pour survivre [ainsi qu’une] solution politique. » Vaste serpent de mer depuis plusieurs mois, la résolution du conflit par le dialogue, malgré les multiples appels de la communauté internationale, apparait extrêmement compromise. Ce qui n’avait pas empêché M. Guterres, début avril, de demander « à toutes les parties de prendre contact sans attendre avec [son] nouvel envoyé spécial, Martin Griffiths », pour envisager cette solution politique.

« Tendances extrêmement inquiétantes »

En marge d’une conférence à Genève (Suisse), qui avait permis à l’ONU de récolter quelque 2 milliards de dollars de promesses de dons pour le Yémen, le patron de l’ONU avait alors précisé que « des signes positifs permettant de penser qu’un plan d’action menant à un dialogue intra-yéménite [pourra voir le jour] afin d’aboutir à une solution politique. Avec bien sûr toutes les parties impliquées dans ce conflit. » Mais là encore, l’accalmie n’est pas pour tout de suite. Car une autre attaque de l’Arabie saoudite, perpétrée dans la province d’Hodeïda et dans le même temps que celle dirigée contre le mariage, lundi dernier, a tué le plus haut responsable politique des rebelles, Saleh al-Sammad. Dont la tête avait été mise à prix par Riyad, tout comme celle d’une quarantaine de responsables houthistes, avec des récompenses totalisant 440 millions de dollars.

Mauvaise nouvelle pour les combattants chiites, qui n’ont toutefois pas tardé à le remplacer à la tête du Conseil politique suprême de la rébellion, par Mehdi Hussein al-Machat, ont-ils annoncé dans un communiqué. Et il y a fort à parier que les Houthis suivent à la lettre le « testament » de celui qui est « tombé en martyr » ; Saleh al-Sammad avait déclaré, début avril, que 2018 était « l’année balistique par excellence », laissant penser que les rebelles continueraient de tirer des missiles sur le sol saoudien. Empêchant de facto une désescalade du conflit qu’appellent l’ensemble de la communauté internationale et les ONG. « La violence continue de causer des besoins humanitaires d’une ampleur colossale à travers le pays » ont-elles d’ailleurs pointé du doigt, hier, parlant même de « tendance extrêmement inquiétantes, dans une guerre qui a déjà des conséquences terribles pour les populations civiles. »

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Stanislas Tain

Rédacteur en chef