Yémen : les séparatistes déclarent l’autonomie du Sud

Le gouvernement yéménite s’est empressé de rejeter la démarche des séparatistes.

Le Yémen n’en avait pas franchement besoin. Alors que le pays est dévasté par un conflit qui vient d’entrer dans sa sixième année, les séparatistes ont déclaré dimanche 26 avril l’autonomie de la partie sud du pays, détricotant par là même un accord de paix avec le gouvernement internationalement reconnu, déjà engoncé dans une guerre contre les rebelles Houthis au nord. Le Conseil de transition du Sud (STC) a accusé les autorités yéménites de ne pas avoir rempli leurs obligations et d’avoir « conspiré » contre le Sud.

Auto-gestion

« Les séparatistes du sud du Yémen, mobilisés depuis longtemps pour l’indépendance, ont signé un accord de partage du pouvoir à Ryad en novembre, qui mettait fin à une bataille pour le Sud qui les avait vus prendre le contrôle de la deuxième ville du pays, Aden, rappelle l’AFP. Le pacte a toutefois vite été caduc, en raison de la non-application dans les temps de mesures-clés, notamment la formation d’un nouveau gouvernement comprenant des représentants des sudistes, ainsi que la réorganisation des forces militaires. »

Le STC, soutenu par les Emirats arabes unis (EAU), a déclaré l’état d’urgence et précisé qu’il « auto-gèrerait » le grand port du Sud, Aden, ainsi que d’autres provinces, afin de mettre fin à la corruption dont il accuse le gouvernement yéménite, soutenu quant à lui par Riyad – le président du Yémen, Abd Rabbo Mansour Hadi, chassé par les rebelles Houthis en 2014, est en exil dans le royaume saoudien. Emiratis et Saoudiens interviennent de concert au sein d’une coalition de pays arabes depuis mars 2015 pour venir en aide aux autorités yéménites dans leur guerre contre les Houthis.

Coronavirus

Bien évidemment, le gouvernement du Yémen a rejeté la démarche des séparatistes. Et le ministre des Affaires étrangères, Mohammed Abdullah al-Hadrami, a appelé l’Arabie saoudite à adopter une « position claire » et prendre « des mesures décisives contre la rébellion du dénommé Conseil de transition ». Ce qui reviendrait à s’ériger contre ses « amis » émiratis. « La division entre les deux alliés supposés est une autre facette de la guerre civile du Yémen », rappelle Associated Press. Une division qui complexifie encore un peu plus la situation, déjà jugée catastrophique dans un pays où près de 20 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire.

Les autorités du Yémen doivent également faire face à la crise du coronavirus, après qu’un premier cas a été confirmé le 10 avril dernier. De quoi inquiéter l’ensemble des organisations humanitaires, qui œuvrent déjà dans le pays pour enrayer « la pire crise humanitaire au monde » selon les Nations unies. « Le nombre limité d’hôpitaux et de centres de santé fonctionnels conduit MSF à penser que la propagation du Covid-19 pourrait devenir critique si un soutien et des mesures supplémentaires ne sont pas mis en place rapidement », estimait Médecins sans frontières début avril.

 

Crédits photo : Un terrain de football dans un quartier d’Aden, dans le sud du Yémen, en 2013. Brian Harrington Spier

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