Yémen : malgré la trêve, les belligérants échouent à faire décoller le premier vol commercial depuis six ans

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26.04.2022

Rebelles et gouvernement se sont renvoyés la responsabilité de cet échec.

Les parties belligérantes au Yémen n’ont pas réussi à faire décoller, dimanche, le premier vol commercial depuis six ans, qui devait partir de Sanaa, la capitale tenue par les rebelles, portant un coup à une trêve déjà fragile dans le conflit qui déchire le pays depuis 2014. Le vol, à destination d’Amman, en Jordanie, avait été prévu dans le cadre de l’accord de trêve de 60 jours conclu au début du mois entre le gouvernement reconnu par la communauté internationale et les rebelles houthistes, sous l’égide des Nations unies.

La trêve, qui est entrée en vigueur le 2 avril, est le premier cessez-le-feu national au Yémen depuis six ans. Elle intervient dans un contexte d’efforts internationaux et régionaux concertés pour trouver un règlement au conflit qui a dévasté le pays le plus pauvre du monde arabe et l’a poussé au bord de la famine. La guerre civile a éclaté en 2014, lorsque les Houthis, soutenus par l’Iran, se sont emparés de Sanaa et ont contraint le gouvernement à l’exil. La coalition dirigée par l’Arabie saoudite est entrée en guerre en mars 2015 pour tenter de rétablir le gouvernement au pouvoir.

« Travailler de manière constructive »

Ces dernières années, le conflit est devenu une guerre régionale par procuration qui a tué plus de 150 000 personnes, dont plus de 14 500 civils. Il a également créé l’une des pires crises humanitaires au monde selon l’ONU. Dans le cadre de la trêve, les deux parties ont accepté d’assurer deux vols commerciaux par semaine à destination et en provenance de Sanaa, vers la Jordanie et l’Égypte. Sanaa est soumise à un blocus par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Cependant, les deux parties n’ont pas réussi à assurer le premier vol, plus de trois semaines après l’entrée en vigueur de la trêve.

Les Houthis ont accusé la coalition dirigée par l’Arabie saoudite de ne pas avoir délivré les autorisations nécessaires pour le vol, sans donner plus de détails. Moammar al-Iryani, le ministre de l’Information du gouvernement internationalement reconnu, a déclaré que les Houthis n’avaient pas respecté l’accord car ils voulaient que des dizaines de passagers embarquent avec des passeports délivrés par les rebelles. Selon lui, le gouvernement a autorisé le voyage de 104 passagers sur le vol Sanaa-Amman, mais les Houthis ont insisté pour ajouter 60 passagers supplémentaires « avec des passeports non fiables ».

Le gouvernement internationalement reconnu a annoncé en mars 2017 qu’il ne reconnaissait pas les documents émis par les rebelles. Hans Grundberg, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, a exhorté les deux parties à « travailler de manière constructive » avec l’ONU pour résoudre les difficultés qui ont retardé le vol. « La trêve est censée bénéficier aux civils, notamment en réduisant la violence, en rendant le carburant disponible et en améliorant leur liberté de mouvement vers, depuis et à l’intérieur de leur pays », a-t-il déclaré sur Twitter.

Le bureau de l’émissaire de l’ONU a déclaré que M. Grundberg avait entamé des efforts de médiation afin d’aborder les différences entre les deux parties sur les procédures de vol lorsqu’un désaccord est apparu jeudi. Il n’a pas donné de détails. Outre les vols, la trêve prévoit également d’autoriser 18 navires transportant du carburant dans le port de Hodeida, contrôlé par les Houthis, sur une période de deux mois. Le gouvernement reconnu par la communauté internationale a jusqu’à présent autorisé huit navires transportant du carburant à entrer dans Hodeida, a indiqué le bureau de l’envoyé de l’ONU.

Violations du cessez-le-feu

Les parties doivent également se réunir pour la réouverture des routes autour de Taiz et d’autres provinces dans le cadre de la trêve. Le gouvernement a accusé les Houthis de retarder la réunion car ils n’ont pas envoyé les noms de leur délégation pour les pourparlers au bureau de l’envoyé de l’ONU. Le gouvernement a fourni les noms de sa délégation le 7 avril, selon le bureau de l’envoyé des Nations unies.

Erin Hutchinson, directrice du Yémen au Conseil norvégien pour les réfugiés, s’est dite profondément déçue par l’annulation de dernière minute du vol. Elle a exhorté les deux parties à respecter leurs engagements dans le cadre de la trêve, y compris les vols et la réouverture des routes à Taiz et ailleurs au Yémen. « Les premières semaines de la trêve nous ont déjà permis d’atteindre des zones qui étaient inaccessibles depuis plus de trois ans en raison des combats », a-t-elle déclaré, tandis que la trêve a entraîné une diminution des combats terrestres et aériens, et les rebelles ont cessé leurs attaques transfrontalières contre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, autre pilier de la coalition anti-Houthis.

Les deux parties ont toutefois signalé des violations quasi quotidiennes du cessez-le-feu, en particulier autour de la ville centrale de Marib, tenue par le gouvernement, que les Houthis tentent de prendre depuis plus d’un an. Les rebelles, quant à eux, ont libéré 14 détenus étrangers. Il s’agit d’un citoyen britannique, de sa femme et de son fils, ainsi que de sept Indiens et d’un détenu d’Indonésie, des Philippines, du Myanmar et d’Éthiopie, a indiqué le ministère des Affaires étrangères d’Oman. Les détenus ont été transférés samedi à bord d’un vol militaire omanais à destination de Mascate, la capitale d’Oman, avant de rejoindre leur pays d’origine.

 

Crédits photo : La capitale du Yémen, Sanaa (Wikimedia Commons).

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