La France livre ses premiers intercepteurs HSI à l’Arabie saoudite

Paris est critiquée pour son « commerce de la mort » avec les Saoudiens, qui utilisent des armes françaises au Yémen.

« A la demande du client », la cérémonie s’est déroulée dans la plus grande discrétion. Mercredi 24 juillet, loin des regards et de la presse, les Constructions mécaniques de Normandie (CMN), une entreprise française de construction navale spécialisée dans les bâtiments militaires, a livré ses premiers intercepteurs HSI à l’Arabie saoudite, qui en avait commandé 39, l’an dernier, pour 600 millions de dollars.

« Pire crise humanitaire du monde »

« Le premier navire rapide de 32 mètres a été présenté puis mis à l’eau ce mercredi devant les autorités militaires saoudiennes, arrivées en fin de matinée en avion privé aux côtés du propriétaire du chantier naval, l’homme d’affaire franco-libanais Iskandar Safa. Un tapis rouge et des écrans géants avaient été déployés pour un public soigneusement trié sur le volet, quelques élus locaux mais aucun représentant de la presse locale », renseigne la chaîne de télévision France 3.

Elias Geoffroy est responsable du programme MENA au sein de l'ACAT, une ONG chrétienne de défense des droits de l'Homme.

Les intercepteurs HSI, comme leur nom l’indique, sont conçus pour intercepter des cibles à grande vitesse, et Riyad a déjà évoqué une utilisation dans la lutte anti-terroriste qu’elle mène. Seulement, les ONG craignent que le royaume saoudien ne se serve de ces navires dans la guerre au Yémen, où il est engagé depuis mars 2015 à la tête d’une coalition de pays arabes. Les affrontements entre cette dernière et les rebelles Houthis, des combattants chiites soutenus par l’Iran, ont déjà fait des dizaines de milliers de morts et précipité le pays dans « la pire crise humanitaire du monde » selon les Nations unies (ONU).

Déficit démocratique

La livraison des navires français aux Saoudiens intervient d’ailleurs à un moment où l’Hexagone est pointé du doigt de toute part pour son « commerce de la mort » avec Riyad. Bien que les autorités tricolores s’en défendent, des armes ont bien été vendues, ces dernières années, à l’Arabie saoudite, qui se sont retrouvées ensuite sur le terrain de guerre yéménite. C’est ce qu’avait révélé l’enquête du site d’investigation français Disclose publiée le 15 avril dernier, s’appuyant sur « une fuite inédite de documents secret défense » (il s’agissait d’un rapport de la direction du renseignement militaire). Preuve de la sensibilité du dossier, des journalistes s’étaient ensuite vu convoquer par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

En avril dernier, le député français Sébastien Nadot brandit une banderole en pleine séance parlementaire, sur laquelle il est écrit : « La France tue au Yémen ».»

Ce n’était pas la première fois que la France se retrouvait dans l’œil du cyclone ; depuis quelques mois, des associations et élus alertent sur la « participation » indirecte de Paris à la guerre au Yémen via ces ventes d’armes aux Saoudiens. Qui ont rapporté aux caisses de l’Etat quelque 11 milliards d’euros entre 2008 et 2017. Le député La République en Marche Sébastien Nadot (Haute-Garonne), plaide ainsi pour la mise en place d’un contrôle parlementaire sur les exportations d’armements, qui appartiennent aujourd’hui au « domaine réservé » du président de la République. Un déficit démocratique selon lui.

 

Photo : Livraison des deux premiers intercepteurs HSI français aux Saoudiens, capture d’écran France 3