Aïd el-Kébir : la Côte d’Ivoire à l’heure de l’indispensable réconciliation nationale

A l’occasion de la fête de l’Aïd el-Kébir, le président ivoirien Alassane Ouattara a joué la carte de l’apaisement en appelant à poursuivre la réconciliation nationale. Condition sine qua non à la réalisation des défis de demain pour le pays.

Le 20 juillet dernier, les musulmans du monde entier célébraient la fin du ramadan en fêtant l’Aïd-El-Kébir. Un événement qui marque la rupture du jeûne et commémore la soumission d’Ibrahim à Dieu. Une fête conviviale qui revêt une importance toute particulière pour les musulmans.

En Côte d’Ivoire par exemple, l’Aïd-El-Kébir (Tabaski en Afrique de l’Ouest) a été l’occasion de se rassembler entre voisins, toutes confessions confondues, autour d’un repas. Le média La Croix a rapporté l’un de ces moments de convivialité, entre musulmans et catholiques. Un fonctionnaire chrétien, Yves Kouamé, surpris de se voir offrir un repas lors de l’Aïd-el Kébir par le propriétaire musulman d’un restaurant : « Dans un endroit où on a l’habitude de payer pour manger, nous offrir de la nourriture – et de surcroît du mouton – est une grande première. Je suis vraiment heureux et surpris ». L’acte, a priori anodin, n’a rien d’évident dans ce pays d’Afrique de l’Ouest multi-ethnique et multiconfessionnel, où les rivalités intercommunautaires sont nombreuses.

Réconciliation à l’occasion de la Tabaski

Viser l’unité nationale en allant au-delà des affinités régionales, ethniques et culturelles, pour garantir paix et stabilité : c’est tout l’enjeu de l’actuel président Alassane Ouattara. Ce dernier a d’ailleurs souhaité faire de cette célébration religieuse un moment de cohésion sociale. « Je voudrais dire à mes concitoyens que cette fête est [celle] du rassemblement, de la paix, de la concorde. » Tout en espérant « que les étapes qui ont été entreprises pour la cohésion sociale et la réconciliation nationale puissent continuer d’être renforcées pour que la Côte d’Ivoire continue de vivre en paix », a-t-il déclaré à l’issue de la prière de célébration de la Tabaski à la Grande Mosquée de Riviera Golfe, à Abidjan.

Cette réconciliation nationale doit s’opérer chez la population, mais pas uniquement. Ces rivalités se sont traduites et se traduisent encore au plus haut sommet de l’État. Néanmoins, Alassane Ouattara semble prêt à aller de l’avant. Pour preuve, juin dernier a été marqué par le retour en Côte d’Ivoire de l’ancien président Laurent Gbagbo (2000-2011). Pour rappel, ce dernier avait refusé de reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara, dix ans auparavant. Il avait été arrêté en avril 2011 et déféré devant La Cour pénale internationale (CPI) de La Haye (Pays-Bas), à l’issue de la crise postélectorale qui avait fait plus 3 000 morts. Il y a trois mois, Laurent Gbagbo a été acquitté par la CPI des accusations de crimes contre l’humanité qui pesaient sur lui. Dans la foulée, Alassane Ouattara a donné son accord pour que l’ex-président revienne en Côte d’Ivoire.

Autre preuve de bonne foi : le gouvernement pourrait abandonner les poursuites contre le « Woody de Mama », condamné pour le « braquage » de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). De son côté, Laurent Gbagbo a assuré ne pas revenir revanchard, mais plutôt dans un esprit de « réconciliation nationale » – encore elle.

Alassane Ouattara et la lutte antiterroriste 

Le timing est bien choisi. Œuvrer pour la paix et la stabilité politique n’a jamais été aussi urgent dans ce pays qui fait face à un nouveau défi de taille : le terrorisme islamiste.

Pour l’heure, les actions violentes se concentrent surtout dans la région du Bounkani, à la frontière avec le Burkina Faso. « La zone concentre un ensemble exceptionnel de vulnérabilités – surnatalité, migration climatique, déforestation, orpaillage, destruction des écosystèmes, choc des modes de vie et des pratiques cultuelles – entre immigrants et autochtones », explique le média Jeune Afrique. L’instabilité politique serait un engrais supplémentaire pour un terreau déjà fertile. Tout l’enjeu consiste à contenir le risque terroriste et à le combattre efficacement.

D’autant que la Côte d’Ivoire devrait jouer un rôle central dans cette lutte. Emmanuel Macron a annoncé, à la veille du G7, que l’opération Barkhane au Sahel prenait fin. La charge incombera désormais à une alliance internationale d’États de la région dans laquelle la Côte d’Ivoire jouera sa partition. En témoigne l’inauguration, en juin dernier, de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT) par Emmanuel Macron et Alassane Ouattara. Cette structure a vocation à devenir un pôle d’expertise et de compétence régional de lutte contre le terrorisme. Elle formera des policiers, militaires, gendarmes et magistrats entre autres.

« Urgente nécessité d’œuvrer pour le retour d’une paix définitive et durable » 

Malgré quelques mâchoires serrées, les mains tendues se multiplient ces jours-ci. Alassane Ouattara reçoit Laurent Gbagbo ce mardi 27 juillet au palais de la présidence. Il s’agit de leur première rencontre depuis 2010. Les partisans de Laurent Gbagbo ont sobrement qualifié l’entrevue de « visite de courtoisie dans une éthique républicaine ». Rodrigue Koné, analyste politique cité par l’AFP, ajoute que « le camp du Président en exercice interprète cette rencontre comme une reconnaissance de la légitimité et de la légalité d’Alassane Ouattara par Laurent Gbabgo. C’est symboliquement très important. »

Le 10 juillet dernier, c’était Laurent Gbagbo qui rencontrait Henri Konan Bédié et réaffirmait sa volonté de lancer « un projet de réconciliation » en soulignant « l’urgente nécessité d’œuvrer pour le retour d’une paix définitive et durable en Côte d’Ivoire », rapportait l’AFP. Pour l’heure, les trois opposants semblent être au diapason.

 

 

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