La France fait pression sur le Liban pour la formation d’un gouvernement

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28.01.2019

Le blocage politique actuel, à Beyrouth, empêche la mise en place de réformes économiques pourtant nécessaires.

La situation est suffisamment « surréaliste », selon les termes de Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères, pour qu’Emmanuel Macron décide de reporter sa visite officielle au Liban, initialement prévue pour le 14 février. La présidence de la République française a indiqué, vendredi dernier, qu’en raison de l’agenda national (crise des « gilets jaunes ») et européen (élections parlementaires) du chef de l’Etat, mais surtout de l’absence d’un gouvernement au Liban, 8 mois après les dernières législatives, le déplacement ne pouvait avoir lieu.

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D’après une source de l’Elysée, « il faut qu’il y ait un gouvernement au Liban, non seulement quand le président se rendra sur place, mais aussi en amont, pour préparer le plus efficacement possible la visite »« Il est de la responsabilité de l’ensemble des responsables politiques libanais de faire en sorte que cesse cette situation d’impasse politique dans laquelle ils se sont mis eux-mêmes », a estimé de son côté un Jean-Yves Le Drian visiblement impatient que les choses évoluent. La France ayant toujours maintenu une certaine pression pour que Beyrouth parvienne à former une équipe exécutive.

« Le gouvernement est prêt »

En mai dernier, le Hezbollah (« Parti de Dieu », chiite) était sorti renforcé des élections législatives, et exige depuis que le poste de Premier ministre, actuellement occupé par le sortant Saad Hariri (Courant du Futur, sunnite), échoie à un représentant sunnite de son choix. Hors de question pour le principal intéressé, qui accuse directement le parti chiite de bloquer la situation. « J’ai fait ma part, et le plan du gouvernement est prêt. Le président Michel Aoun et le chef du Parlement Nabih Berri le savent. Que chacun prenne ses responsabilités pour que le pays se remette en marche », avait-il déclaré en novembre.

Car l’absence de gouvernement empêche la mise en place de réformes économiques pourtant nécessaires. Ainsi que le déblocage des fonds promis par la communauté internationale. « Tous les engagements que nous avons pris antérieurement pour le Liban, y compris financiers, y compris à l’égard de l’armée libanaise, qui reste quand même aujourd’hui la colonne vertébrale de l’équilibre de l’Etat, ne peuvent pas être tenus », a fait savoir Jean-Yves Le Drian. Le ministre français se référant notamment à la Conférence de Rome, organisée en mars 2018 pour soutenir l’armée libanaise.

« Economie en difficulté »

En avril 2018, Paris avait surtout accueilli la Conférence CEDRE, lors de laquelle Beyrouth avait obtenu quelque 11 milliards de promesses de prêts et de dons. En échange de l’assainissement des finances publiques promis par les autorités. Comme l’a souligné Nickolay Mladenov, coordinateur spécial des Nations unies pour le Moyen-Orient, lors d’un débat public au sein du Conseil de sécurité, le 22 janvier dernier, Beyrouth fait face à une « économie en difficulté ». Et doit réformer, par exemple, la fonction publique et le secteur de l’électricité, afin de diminuer ses dépenses publiques. Tout en augmentant les taxes.

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Et ceci de manière urgente. Il y a quelques jours, l’agence de notation Moody’s annonçait qu’elle déclassait les obligations du Liban au rang de « titres spéculatifs de mauvaise qualité ». Tandis que les marchés s’inquiètent toujours un peu plus de la situation politique libanaise. Même si la décision du Qatar de racheter quelque 500 millions de dollars de titres de dettes, le 21 janvier dernier, a pu rassurer les investisseurs internationaux. Ce qui ne devrait pas empêcher la dette publique (160 % du PIB aujourd’hui) de grimper jusqu’à 180 % du PIB d’ici 2023, selon le Fonds monétaire international.