Au Yémen, une baisse des financements humanitaires fait craindre une « catastrophe »

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28.02.2021

Une conférence des bailleurs doit se tenir le 1er mars, afin de tenter de sauver le pays de la « pire crise humanitaire du monde ».

 Alors que le Yémen s’apprête à rentrer, en mars prochain, dans sa septième année de conflit, 12 ONG internationales alertent sur la « baisse sévère » de l’engagement des États et du financement de l’aide, qui ont « aggravé les souffrances des Yéménites ». Dans ce pays du sud de la péninsule arabique, le plus pauvre de la région, 9 millions de personnes ont vu leur aide alimentaire divisée par deux et 6 millions de personnes, dont 3 millions d’enfants, sont privés d’eau potable et de services d’assainissement. Ceci en pleine pandémie mondiale, rappellent les 12 organisations.

Les programmes humanitaires ont, certes, aidé à fournir de l’eau, de la nourriture, des services de santé et des abris vitaux aux familles chassées de leurs maisons ou vivant dans des villages et des villes ravagées par la guerre. Mais l’année dernière, précisent ces dernières, « les pays donateurs n’ont donné que 1,35 milliard de dollars, soit à peine la moitié du montant promis en 2019 ». Des chiffres récents montrent que 2,3 millions d’enfants de moins de cinq ans souffriront de la faim cette année si un financement adéquat n’est pas assuré. Et « environ 400 000 d’entre eux mourront de malnutrition aiguë sévère s’ils ne reçoivent pas de traitement d’urgence ».

Eau potable

« Tous les mois, je recevais de l’aide alimentaire, ça permettait de couvrir une grande partie de nos besoins alimentaires. Mais depuis avril dernier, nous ne recevons plus qu’un panier tous les deux mois, explique Mohammed Nasser, père de 4 enfants vivant dans un camp pour personnes déplacées près de Sanaa, la capitale du Yémen. Je ne sais pas pourquoi nos rations ont été réduites de moitié. Nous sautons des repas pour nous assurer que nos enfants ne vont pas dormir le ventre vide ».

Aux privations alimentaires s’ajoute le manque cruel d’eau, en raison des coupures d’électricité qui empêchent les réseaux d’approvisionnement de fonctionner correctement. 15 grandes villes ne reçoivent ainsi plus que la moitié de leur quantité normale d’eau. Yahya Mohammed Balush est l’une des centaines de milliers de personnes à avoir fui les combats pour s’abriter dans le district d’Abs (nord-ouest). Si un projet humanitaire a permis de réparer un puits afin d’acheminer de l’eau vers près de 500 familles du camp, quelque 250 000 personnes du district n’ont toujours pas suffisamment d’eau potable…

Rien qu’en 2020, la guerre a contraint plus de 172 000 personnes à fuir et 22 200 ont perdu les moyens de subvenir à leurs besoins. Aziza, 38 ans, mère de dix enfants, vit dans le gouvernorat de Hodeïda (ouest), l’une des zones les plus durement touchées par le conflit. « Depuis que le conflit s’est intensifié à Hodeïda, je me réveille chaque matin en me demandant comment nourrir mes enfants. Mon mari est ouvrier mais la plupart du temps, il ne trouve ni travail ni argent pour subvenir à nos besoins, se désole-t-elle. Je me demande comment nous réussirons à vivre quand nous ne recevrons plus [d’]aide. »

« Cessez-le-feu »

Une conférence des bailleurs pour le Yémen doit se tenir le 1er mars, afin de tenter de sauver le pays de la « pire crise humanitaire du monde », selon les Nations unies. « Si la communauté internationale et les gouvernements n’interviennent pas, n’engagent pas suffisamment de financements, les enfants, les femmes et les hommes au Yémen continueront de souffrir et de mourir, avertissent les 12 ONG. Toutes les parties au conflit doivent également s’engager en faveur d’un cessez-le-feu national et s’engager dans un processus politique inclusif pour ramener la paix au Yémen. » Samedi, des combats entre forces gouvernementales et rebelles Houthis ont fait rage dans la province de Marib (ouest), faisant au moins 50 morts.

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