Énergie : les pays du Golfe continuent de vanter les mérites du pétrole

A l’approche de la COP26, Riyad ferait même pression pour modifier le langage relatif aux émissions carbone.

La transition énergétique mondiale n’est peut-être nulle part aussi délicate que dans la péninsule arabique, où l’Arabie saoudite et quelques autres monarchies du Golfe sont prises entre deux scénarios de changement climatique, qui menacent directement leurs moyens de subsistance.

Dans le premier, le monde cesse de brûler du pétrole et du gaz pour réduire les émissions qui piègent la chaleur, ce qui ébranle les fondements mêmes de leurs économies. Dans l’autre, les températures mondiales continuent d’augmenter, au risque de rendre invivable une grande partie des terres du Golfe, déjà extrêmement chaudes.

Exportations de combustibles fossiles

La stabilité politique des six États du Golfe – Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Bahreïn et Oman – repose sur les bénéfices tirés des combustibles fossiles. Cela inclut les exportations que la Chine et l’Inde, avides d’énergie, voudront encore davantage au cours des deux prochaines décennies.

« L’action climatique, c’est presque un problème existentiel pour une monarchie absolue basée sur les exportations de pétrole, a déclaré à ce titre Jim Krane, auteur de Energy Kingdoms : Oil and Political Survival in the Persian Gulf, et chargé d’études sur l’énergie au Baker Institute for Public Policy de l’université Rice, au Texas. Ils ont besoin que l’action climatique réussisse sans démolir le marché du pétrole. C’est une aiguille difficile à enfiler ».

En s’engageant à atteindre des objectifs d’émissions « nettes zéro » comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn l’ont fait ce mois-ci, les émissions de gaz à effet de serre seraient réduites à l’intérieur de leurs frontières… Tout en maintenant les exportations de combustibles fossiles à l’étranger.

L’Arabie saoudite, qui fournit environ un dixième de la demande mondiale de pétrole, a fait son annonce cette semaine alors qu’elle accueillait son premier grand forum sur le changement climatique. Le prince héritier, Mohammed ben Salman, a fixé l’objectif de l’Arabie saoudite à 2060.

Il s’agit d’une annonce importante pour un pays dont les réserves de pétrole sont estimées à 265 milliards de barils, soit 22 500 milliards de dollars aux prix actuels. L’Arabie saoudite a exprimé sa détermination à pomper le pétrole jusqu’à la dernière goutte, mais elle pourrait trouver peu d’utilité à sa plus grande ressource naturelle dans un monde qui fonctionne avec des formes plus propres d’énergie renouvelable et solaire.

Capture du carbone

Les monarchies du Golfe ont utilisé les recettes pétrolières pour conserver leur soutien interne, acquérir un poids régional et étendre leur influence. L’argent a permis de constituer des armées nationales et d’offrir aux citoyens des emplois pépères dans le secteur public, des soins de santé et un enseignement supérieur gratuits, des carburants subventionnés, des terrains pour construire des maisons, des dots de mariage et des pensions généreuses…

Sans ce système juteux, les monarchies du Golfe pourraient devoir autoriser une plus grande participation politique, ou devenir plus répressives, a déclaré M. Krane.

Les États du Golfe qui s’engagent aujourd’hui à ne pas produire d’émissions, dans un futur plus ou moins proche, se positionnent évidemment pour faire partie de l’industrie de l’énergie propre – qui représente plusieurs milliards de dollars. Même s’ils continuent à tirer des revenus du pétrole et du gaz. Ils plaident d’ailleurs en privé (comme en public) en faveur des technologies de capture du carbone plutôt que d’une élimination rapide des combustibles fossiles.

Lors du forum saoudien de l’Initiative verte à Riyad, l’envoyé du président Joe Biden pour le climat, John Kerry, a déclaré à une salle pleine de personnalités politiques de toute la région que l’action climatique peut créer « la plus grande opportunité de marché que le monde ait jamais connue ». Les engagements « zéro carbone » permettraient également à l’élite dirigeante du Golfe d’exercer une influence lors de conférences telles que la COP26, qui débute le 31 octobre.

Selon des documents ayant fait l’objet d’une fuite, que cite l’agence américaine Associated Press (AP), l’Arabie saoudite est à ce titre l’un des nombreux pays qui font pression en coulisses, avant le sommet de Glasgow (Écosse), pour modifier le langage relatif aux émissions, en essayant apparemment d’édulcorer le prochain rapport du groupe scientifique de l’ONU sur le réchauffement climatique.

 

 

Crédits photo : Une pompe à pétrole au coucher du soleil, dans les champs pétroliers désertiques de Sakhir, au Bahreïn (AP Photo/Hasan Jamali).

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