Somalie : les shebab plongent une énième fois Mogadiscio dans l’horreur

Un centre de collecte des impôts de la capitale a été frappé samedi par un attentat à la voiture piégée.

Selon Le Parisien, ce nouveau drame s’est produit à l’intersection de l’Ex-Kontrool Afgoye, un point névralgique extrêmement fréquenté reliant Mogadiscio au sud et au sud-ouest de la Somalie. L’explosion s’est d’ailleurs révélée particulièrement dévastatrice puisque la police fait état d’un bilan provisoire de 76 morts et de 70 blessés. Mais aussi de nombreuses voitures détruites, tout comme un car d’étudiants particulièrement endommagé.

Pour rappel, le gouvernement central somalien résiste toujours tant bien que mal aux assauts répétés du terrorisme. Le soutien dont il bénéficie sur l’échiquier mondial auprès de l’ONU et surtout de l’Union africaine n’est bien sûr pas étranger à cela. Malheureusement, cela ne suffit pas ou plus.

Dans les faits, bien que les islamistes des shebab disposent d’une marge de manœuvre plus faible depuis 2011 et la perte de Mogadiscio, ils restent malgré tout encore très actifs. Notamment dans de vastes zones rurales, d’où ils mènent des opérations de guérilla et des attentats-suicides jusque dans la capitale.

La carte américaine

Néanmoins, les Nations unies comptent sur les forces américaines pour assurer “le service après-vente”, car l’oncle Sam dispose de 5 bases militaires sur le territoire. Et pour cause, après presque 30 ans “d’abstinence”, Washington a rouvert son ambassade à Mogadiscio au mois de décembre 2018. De quoi voir l’avenir plus sereinement, donc. Malheureusement, les bavures de l’armée US sont parallèlement légion avec plus d’une cinquantaine de raids aériens au compteur menés depuis le début de l’année contre les militants, les positions de combat, les infrastructures et l’équipement d’ISIS-Somalie et d’Al-Shabaab.

Les bavures sont légion

Concrètement, ce chiffre découle directement d’une réforme de l’administration Trump qui a classé, en mars et septembre 2017, plusieurs régions somaliennes en “zone d’hostilité active”. Un statut facilitant les procédures autorisant ces frappes.

Pour autant, si les résultats militaires sont au rendez-vous, un autre aspect de ce dossier pourrait venir noircir le bilan de la Maison Blanche. Amnesty International révèle en effet dans un rapport intitulé “La guerre cachée des Etats-unis en Somalie” que les frappes US « ont déjà tué (plus d’une) vingtaine de civils en plus des islamistes shebab visés ». L’ONG explique aussi que « les attaques semblent violer la loi internationale humanitaire. Certaines pouvant même (entrer dans la catégorie) des crimes de guerre ».

Le document se fonde également sur 150 entretiens avec des témoins, des proches de civils tués et des experts de questions sécuritaires, relaie Le Monde. Qui ajoute que « les informations recueillies (proviennent) d’images satellites, des photos des cratères laissés par les explosions, ainsi que des fragments de munition collectés sur les sites ».

L’ONU dans une impasse…

Par ailleurs, il est important de noter les Nations unies réfléchissent à la possibilité d’appliquer la résolution 1267 à l’encontre du groupe djihadiste. Et cela, devant le manque de résultats apportés par les troupes de l’Amisom, dépêchées en Somalie, ainsi que les forces nationales dans la lutte contre les shebab.

Cette disposition permet en effet de “durcir le jeu” face à une menace de plus en plus sanglante et de moins en moins gérable pour les populations et les autorités. Ce qui est le cas notamment de l’Etat islamique ou encore d’al-Qaïda sur d’autres fronts.

Malheureusement, cette stratégie se heurte à une impasse de taille, révèle RFI, puisque le territoire somalien bénéficie actuellement d’une exemption humanitaire. Cette dernière permettant « aux organisations caritatives de travailler dans des zones contrôlées par les shebab, sans risquer d’être accusées de soutenir ou de financer indirectement les terroristes ».

Techniquement, si les détournements d’aide humanitaire sont donc monnaie courante dans le pays, plusieurs ONG et anciens diplomates de la région poussent pour que ce coup de pouce persiste contre vents et marées…

A suivre…

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