Quelles suites donner aux manifestations en Algérie ?

« Le régime et les manifestants devraient s’attacher à la non-violence et lancer un dialogue » selon l’International Crisis Group.

Les Algériens sont-ils déterminés à poursuivre leur lutte contre le « système » ? Pour combien de temps encore les manifestations du vendredi se verront-elles maintenues ? Les vagues de la contestation populaire continueront-elles de déferler pendant le jeûne du ramadan (5 mai-4 juin) ?

Changement « cosmétique »

Vendredi 26 avril, pour la dixième semaine consécutive, les rues d’Alger étaient noires d’une foule venue clamer son hostilité aux quelques caciques du régime Bouteflika restés à la barre, près d’un mois après la démission de l’ancien chef de l’Etat, le 2 avril dernier. Une mobilisation soutenue, pour maintenir à flots les exigences des Algériens, qui appellent depuis le 22 février à la fin de tout le vieux système. Et ne pas sombrer dans la « demi-révolution ».

Pourtant, la crainte de voir s’essouffler cette colère inédite, en Algérie, va crescendo. Dans certaines villes, comme Annaba (nord-est), la quatrième du pays, la foule a minci. Et les questions sur l’ « après » s’amoncellent. Car le changement, jusqu’à présent, n’a été que « cosmétique », explique le think tank International Crisis Group (ICG) dans un rapport publié vendredi dernier.

Lire aussi : En Algérie, un mouvement de révolte sans leadership est-il possible ?

« Le 2 avril, Ahmed Gaid Salah, chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense, a obtenu la démission de Bouteflika en raison de son incapacité à remplir ses fonctions de président, conformément à l’article 102 de la Constitution. Les manifestants ont crié victoire, mais ils ont vite réalisés que ce changement était cosmétique. Bouteflika avait disparu mais le régime (le pouvoir) était toujours là », résume l’organisme.

Abdelkader Bensalah, chef de l’Assemblée nationale, la chambre haute du Parlement algérien, est aujourd’hui président par intérim. Nourredine Bedoui, ministre de l’Intérieur au sein du précédent gouvernement, occupe la fonction de Premier ministre depuis la mi-mars. Quant à Ahmed Gaïd Salah, « architecte de [la] transition », il est « assis sans ambages au sommet du pouvoir », selon le rapport de l’ICG.

« Répression policière »

Preuve qu’il n’a pas dit son dernier mot, le chef d’état-major de l’armée pilote depuis quelques semaines une opération « mains propres », en traquant les grandes fortunes algériennes proches du clan Bouteflika. Une manière de montrer au peuple qu’il entend ses appels à tourner la page et purger le pays du « système » honni. Malheureusement pour lui, les Algériens ne sont pas dupes ; Gaïd Salah était même dans leur viseur, vendredi dernier, lors des manifestations.

Lire aussi : Opérations « mains propres » en Algérie

Comme le rappelait il y a quelques jour Michaël Ayari, membre de l’ICG, sur France Info : « Il y a un désir palpable dans la population de rupture […], de faire table rase du passé, de la clique, du clan, de ce qu’ils appellent le ‘‘système’’, le régime ». Dont fait évidemment partie le chef d’état-major de l’armée, qui avait soutenu la candidature de Bouteflika (avant de se rétracter). Un « mauvais rôle » amplifié par l’intensification des mesures répressives, de la part du régime, pour forcer les manifestants à rester chez eux.

« Le régime et les manifestants devraient s’attacher à la non-violence et lancer un dialogue visant à établir une feuille de route pour une transition que les protestataires, les dirigeants du système et les représentants des différents secteurs de la société accepteraient dans ses grandes lignes, pour éviter que la répression policière n’entraine chaos et violence », estime l’International Crisis Group.

« Depuis deux semaines environ, il y a des signes de répression, mais au lieu d’essouffler le mouvement, les manifestants n’en sont que plus déterminés », selon Michaël Ayari. Qui reconnait la possibilité d’un « essoufflement avec le mois de ramadan qui va arriver », même s’ « il y a une énergie inédite qui se dégage »« C’est un mouvement de contestation que le régime n’a pas connu depuis son indépendance », appuie-t-il.

Et pour la petite histoire, en août 2013, plus de 500 Algériens avaient organisé un pique-nique dans les rues de Tizi Ouzou (nord), en plein mois de ramadan, afin de protester contre l’ « islamisation » du pays. Un « sacrilège », pour les tenants d’hier, qui rappelle que le peuple algérien demeure libre (d’obtenir ce qu’il souhaite).

Partages