Les humanitaires aident à maintenir en vie des millions de personnes au Yémen

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29.07.2018

« Malgré nos réalisations, l’aide humanitaire ne suffira pas à elle seule à résoudre la crise au Yémen » estime Mark Lowcock.

Plus de trois ans après l’escalade du conflit armé, les civils continuent de souffrir horriblement au Yémen*. Plus de 22 millions de personnes – soit les trois quarts de la population – ont besoin d’aide humanitaire et de protection dans tout le pays. Cela inclut 8,4 millions de personnes qui ne savent pas d’où viendra leur prochain repas. Et dix millions d’autres qui pourraient se retrouver dans la même situation d’ici la fin de l’année. Depuis 2015, les combats ont également chassé plus de 3 millions de personnes de leurs foyers, dont plus de 2 millions qui sont toujours déplacés aujourd’hui. Enfin, une épidémie sans précédent de choléra et de diarrhée aqueuse aiguë a frappé le Yémen, en avril 2017, avec plus de 1,1 million de cas.

Violence à Hodeïda

Compte tenu de l’ampleur de la crise, les Nations unies (ONU) et ses partenaires mènent actuellement la plus grande opération humanitaire du monde au Yémen. Chaque jour, de braves humanitaires de tout le pays viennent en aide aux personnes directement touchées par le conflit et à d’autres communautés dans le besoin, travaillant souvent dans des environnements dangereux et en évolution rapide. La réponse humanitaire s’est considérablement intensifiée au cours de l’année dernière et touche les 22 gouvernorats du Yémen, de Saada à Aden. En mai, par exemple, nous avons fourni une aide alimentaire d’urgence à 7,5 millions de personnes, soit deux fois plus qu’il y a un peu plus d’un an.

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Nous avons également fourni des services d’eau, d’assainissement et d’hygiène qui ont bénéficié à 6,3 millions de personnes, soit une augmentation de 60 % depuis janvier. Le nombre de personnes recevant des services de santé a augmenté de 50 % au cours de la même période. Les humanitaires ont également été là pour apporter une aide d’urgence aux personnes fuyant la violence à Hodeïda, où l’escalade du conflit depuis juin a contraint plus de 300 000 personnes à quitter leur foyer et fait craindre une catastrophe si les combats se déplacent dans cette ville portuaire densément peuplée. Les trois quarts des personnes récemment ont reçu des colis de secours de base contenant de la nourriture, des produits d’hygiène et d’autres biens essentiels.

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Travail acharné

Sauf que, pour livrer l’aide humanitaire à l’échelle requise, les personnels doivent également avoir accès aux zones contrôlées par les groupes armés. Depuis 2015, nous avons mis en place un système avec la coalition dirigée par l’Arabie saoudite pour communiquer l’emplacement des installations humanitaires et les plans de distribution de l’aide, les évaluations et autres activités. Ce système contribue à réduire les risques de dommages aux travailleurs humanitaires ou aux biens, ainsi qu’aux bénéficiaires de l’aide, à la suite d’opérations militaires menées par la coalition. Qui, comme toutes les parties au conflit, doit, en vertu du droit international humanitaire, faire la distinction entre les biens civils et les objectifs militaires.

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Nous avons également touché un plus grand nombre de personnes grâce au leadership de l’équipe humanitaire au Yémen, qui s’efforce d’engager toutes les parties prenantes concernées pour faire en sorte que l’aide puisse atteindre les personnes qui en ont besoin dans tout le pays. Malheureusement, nos collègues du Yémen continuent d’être confrontés à de trop nombreuses restrictions dans leur travail, en particulier dans le nord du pays. Leur capacité d’étendre les opérations de secours en dépit de ces défis démontre la capacité extraordinaire, le dévouement et le travail acharné qu’ils apportent à la tâche.

Solution politique

Enfin, rien de ce travail ne serait possible sans le soutien généreux et flexible des donateurs. Le Plan d’intervention humanitaire du Yémen pour 2018, coordonné par l’ONU, a reçu plus de 60 % des 2,96 milliards de dollars nécessaires. Une grande partie de ce financement est due à une contribution, au début de l’année, de 930 millions de dollars, de la part de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Il n’a pas été affecté, ce qui signifie que les agences des Nations unies l’utilisent là où il est le plus nécessaire, en se basant uniquement sur les besoins humanitaires et conformément à la stratégie du Plan d’intervention humanitaire. Les États-Unis, le Koweït, le Royaume-Uni et l’Allemagne figurent parmi nos généreux donateurs cette année.

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Malgré nos réalisations, l’aide humanitaire ne suffira pas à elle seule à résoudre la crise au Yémen. Pour cela, nous avons besoin de toute urgence d’une solution politique. J’appelle toutes les parties à continuer de collaborer avec l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour parvenir à un tel règlement le plus rapidement possible. Je renouvelle également mon appel à toutes les parties pour qu’elles respectent le droit international humanitaire, y compris l’obligation de protéger les civils et les infrastructures, et de faciliter l’aide humanitaire.

 

*Tribune de Mark Lowcock, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence des Nations unies, traduite par Stanislas Tain.

Crédits photo : OCHA Yémen

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