Des cheminots marocains recrutés par la SNCF demandent réparation

Une bataille judiciaire a été engagée entre 800 cheminots marocains « floués » et la SNCF.

Ils s’appellent eux-mêmes les « déclassés de la SNCF » ou les « indigènes du rail ». Dans les années 1970, la Société nationale des chemins de fer (SNCF) français a recruté plusieurs centaines de Marocains pour étoffer ses équipes en vertu d’une convention signée en 1963 entre les deux pays. Malheureusement, ces derniers, considérés à leur arrivée comme « des salariés polyvalents », n’ont pas joui des mêmes conditions sociales et de travail que leurs homologues hexagonaux.

C’est le cas par exemple d’Abdelghani Azhari, débarqué dans la capitale après quatre jours de bateau et de train, avant d’être envoyé dans la foulée à la gare de triage d’Achères, en banlieue parisienne. « C’était dur l’hiver de faire l’attelage des trains de 700 mètres, mais quand il faisait chaud c’était pire. On était aussi logés dans un foyer préfabriqué. (Concrètement), nous étions des cheminots aptes à tout, même à Noël », raconte-t-il à TV5 Monde.

La justice doit trancher 

Abdel*, de son côté, se souvient d’avoir enchaîné les postes ingrats. « Agent de mouvement, reconnaisseur, aiguilleur, au charbon ou au graissage. Pire, on n’avait pas les mêmes avantages que les collègues français pour la retraite, la médecine ou les jours de carence. Mais ce n’est pas tout en ce qui me concerne, puisque je ne pourrai pas décrocher le “statut” particulier des cheminots quand je serai naturalisé. Et cela, en raison de mon âge. » Frustré, il ajoute également avoir été refoulé à des examens internes – sans raison valable – l’empêchant par la même occasion d’évoluer.

Aujourd’hui, les chibanis (« cheveux blancs » en arabe), soit les travailleurs immigrés marocains à la retraite, se sentent floués et tentent d’obtenir réparation par la voie judiciaire. Si 800 d’entre-eux ont fait condamner la SNCF en septembre 2015 en première instance pour discrimination, la bataille n’est pourtant pas encore finie car la décision d’appel sera rendue mercredi 31 janvier par la justice française.

*Le prénom a été modifié.

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