Yémen : les séparatistes sudistes menacent de former leur propre gouvernement

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30.01.2018

Depuis dimanche, des affrontements entre militants séparatistes et forces gouvernementales ont fait plusieurs morts à Aden.

D’après le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) au Yémen, des affrontements violents ont éclaté à Aden (sud) le 28 janvier entre les forces fidèles au Conseil de transition du Sud et le gouvernement du Yémen internationalement reconnu. « Des coups de feu légers et lourds ont été entendus le matin près de l’enclave dans le district de Khor Maksar, où se trouvent les bureaux de l’ONU » indique le Bureau onusien dans un communiqué publié hier. « Dans l’après-midi, les combats se sont éloignés de Khor Maksar vers le quartier du Cratère, près de la zone où se trouve le palais présidentiel. »

Alors que les affrontements se poursuivaient, le Président, Abd Rabbo Mansour Hadi, et le Premier ministre, Ahmed ben Dagher, ont appelé leurs forces à cesser le feu et à retourner à leur caserne. Sans succès, puisque « les combats sporadiques se sont poursuivis [et] des tirs d’artillerie lourde [ont été effectués] dans les environs du Cratère [hier] matin. » La tension reste donc élevée à Aden, deuxième ville du pays, où le Conseil de transition du Sud aurait pris le contrôle de certaines installations officielles, dont la base militaire de transport de Khor Maksar. Les affrontements, hier, selon des sources militaires, ont fait au moins 4 morts côté loyalistes et 5 chez les séparatistes.

« Changements au gouvernement »

D’après le communiqué de l’OCHA Yémen, « en date du 29 janvier, un hôpital a confirmé avoir reçu 4 morts et 50 blessés à la suite des violences. Cependant, des rapports non confirmés indiquent que jusqu’à 15 personnes auraient pu être tuées et environ 185 blessées. » Cette escalade de violences intervient alors que le pays fait face à l’une des pires crises humanitaires du moment ; d’après les estimations de l’ONU, près de 3 milliards de dollars sont nécessaires pour venir en aide aux 22 millions de Yéménites qui en ont besoin. Or, les « vols humanitaires sont en attente en raison de la fermeture de l’aéroport d’Aden », tout comme les navires du Programme alimentaire mondial (PAM), restés au large après la fermeture du port.

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Selon les pro-séparatistes, la situation a viré à l’affrontement armé après que les forces de l’ordre ont tenté d’empêcher certains manifestants de se rassemblée sur la place Alrood, à l’intérieur de la ville, en réponse à un appel lancé la semaine dernière par le Conseil de transition du Sud. Le but ? Demander un remaniement ministériel et la révocation du Premier ministre. L’institution yéménite sudiste – non reconnue par la communauté internationale – avait fixé un ultimatum, la semaine dernière, au président, exigeant le départ de M. ben Dagher et des « changements au gouvernement », accusé de « corruption ».

Intégrité territoriale

Le schisme entre le Sud et le gouvernement s’est opéré en avril dernier, lorsque M. Hadi a limogé le gouverneur d’Aden, Aidarous al-Zoubaidi, après que celui-ci a proposé la création d’un conseil politique des provinces du Sud. Devant le refus du couple exécutif d’observer les requêtes des séparatistes, ces derniers se sont donc emparés, dimanche, du palais présidentiel à Aden, et ont prévenu qu’ils formeraient leur propre gouvernement. Si l’Arabie saoudite, qui dirige une coalition de pays arabes depuis mars 2015 en soutien au Président Hadi, reconnait que l’exécutif yéménite pêche en matière de corruption, elle « ne doit pas accepter la liquidation du gouvernement légitime » affirmait dimanche sur Twitter Ahmed ben Dagher.

Malmenés par les séparatistes sudistes dans la seconde ville du pays, les autorités yéménites ont également perdu la capitale, Sanaa, actuellement aux mains des rebelles Houthis – soutenus en sous-main par l’Iran – contre qui Riyad se bat depuis près de trois ans. Pour l’instant, le conflit a fait plus de 10 000 morts et plus de 50 000 blessés. Et le Yémen voit, au sud, son intégrité territoriale de plus en plus malmenée. D’après l’AFP, des séparatistes encerclaient le palais présidentiel dans la journée de mardi, alors que les forces gouvernementales ont perdu la majorité de leurs positions clés.

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