L’Algérie ou le changement dans la continuité

Facebook est devenu, pour beaucoup en Algérie, la seule plateforme où la libre expression a cours.

La rue, en Algérie, bouillonne depuis plusieurs semaines. Certains disent que les mouvements de contestation rythment le quotidien des populations. Sans vraiment inquiéter en haut lieu, mais à un an d’une échéance électorale aussi importante que la présidentielle, il y a lieu de s’interroger.

Depuis deux mois, par exemple, la contestation des médecins résidents gagne les principales villes du pays. La cause de leur mécontentement : un statut professionnel qui tarde à être révisé et une tutelle peu encline à concéder des changements, malgré plusieurs rencontres et négociations.

Conséquence directe de ce bras de fer : des grèves aux niveaux des CHU (centres hospitaliers universitaires) de plusieurs wilayas (collectivités) du pays, et des malades en attente de prise en charge, ou ballotés entre les établissements de santé qui assurent un service minimum.

Revendications

Malheureusement pour eux, la grève des jeunes médecins ne semble pas réellement obtenir de soutien de la population. Bien plus préoccupée par la mauvaise qualité des prestations, le manque de médicaments et l’état de dégradation des établissements de santé publique – notamment dans les régions les plus reculées du pays.

Le début de l’année 2018 a également été marqué par la grève du personnel de la compagnie nationale Air Algérie, une entreprise qui connait déjà d’importants problèmes financiers… mais qui n’est pas au bord de la faillite, comme tient à préciser le ministre des Transports, Abdelghani Zalène.

Il y a une semaine, une grande partie des vols nationaux et internationaux ont été annulés ; malgré une reprise forcée de l’activité, sous peine de licenciement, les syndicats menacent de poursuivre leur mouvements de grève si la direction générale ne  répond pas favorablement à leurs revendications salariales.

Peu de chance à cela : le PDG d’Air Algérie, ayant lui-même reconnu que les dépenses de la compagnie étaient plus importantes que ses recettes, avait également révélé il y a deux mois que le pavillon national connaitrait une situation inquiétante si l’excédent d’effectif de 3 000 employés n’était pas éliminé.

Réseaux sociaux

Evidemment, se joignent à ces mouvements de contestations sociales les grèves périodiques des enseignants, des cheminots et même les « révoltes » estudiantines. L’Algérie serait-elle impactée dans sa globalité par la gronde de ses citoyens ? Le seul moyen, en tout cas, de savoir ce que pensent les Algériens de la situation actuelle, est d’aller visiter les réseaux sociaux.

Facebook, notamment, est devenu, pour beaucoup, la seule plateforme où la libre expression a cours en Algérie. Les avis y sont exprimés sans retenue et le pouvoir, parfois, y est critiqué comme il se doit – n’est-ce pas le fondement d’une démocratie ? Mais les Algériens apparaissent clairement divisés sur la gravité et l’impact de ces mouvements de contestation.

Si, pour certains, ils sont le signe que le peuple commence à s’exprimer et exiger une amélioration de ses conditions de vie, d’autres, au contraire, y voient des actions perturbatrices fomentées de l’extérieur et destinées à déstabiliser un pays qui se remet à peine de plus de dix ans de terrorisme. Et aspire à l’apaisement.

Une grande partie d’entre eux, enfin, ne voit dans ces élans protestataires ni plus ni moins qu’un nouvel élément à injecter dans la routine algérienne ; des mouvements de grève et des manifestations qui peuvent créer de l’animation de manière ponctuelle, sans pour autant représenter l’amorce d’une quelconque révolution à la tunisienne. Les Algériens ne disent-ils pas que l’Algérie « est le pays du changement dans la continuité » ?

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